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Éditorial de La Terre de chez nous
Semaine du 22 au 28 septembre 2011
Christian Lacasse
Dans la foulée des consultations relatives au Livre vert sur la future politique agricole, on assiste actuellement aux manœuvres de divers intervenants qui souhaiteraient affaiblir le rapport de force à la fois syndical et commercial que nous avons acquis de haute lutte au fil des générations.
Il n’est pas besoin de « gratter » longtemps pour voir que ces acheteurs, fournisseurs d’intrants, intégrateurs, etc. ont tout intérêt à ce que les agriculteurs perdent leur voix unifiée et, surtout, les outils collectifs qui leur permettent de rééquilibrer les rapports inégaux qu’imposent les forces du marché.
Parmi eux, l’Association québécoise des industries de nutrition animale et céréalière (AQINAC) a, par exemple, inscrit noir sur blanc, dans un mandat répertorié au Registre des lobbyistes ces derniers mois, qu’elle recherchait la multiaccréditation et la participation aux plans conjoints. Noir sur blanc!
Plus récemment, un nouveau groupe d’« agriculteurs » opposés à l’accréditation unique annonçait sa création. Me Hans Mercier agissait alors comme porte-parole, lui qui a livré bataille pour l’acheteur Bourgoin contre la Fédération des producteurs acéricoles du Québec. La firme Paradigme affaires publiques, qui a convoqué les médias à cette occasion, a pour président un certain Stéphane Dion, celui-là même à qui l’AQINAC a confié le mandat précité.
Cela étant, on ne s’étonne guère que la nouvelle ait largement trouvé écho dans La vie agricole, propriété d’une compagnie à numéro dont est actionnaire Bélisle Solution-Nutrition, fournisseur d’intrants. On ne s’étonne pas non plus des accointances d’une autre publication, Producteur plus, division d’AGyours international, vitrine Web... de machinerie agricole!
En passant, le nouveau groupe en question a pour nom L’union des agriculteurs libres. Vraiment « libres », vous pensez? Son porte-parole, Me Mercier, avoue d’ailleurs lui-même sans ambages qu’il s’agit d’un « syndicat antisyndical »! Le jupon ne saurait dépasser davantage...
Que défend au juste cette organisation qui prétend que l’État a adopté, en 1972, une loi « obligeant tout producteur agricole à adhérer à l'UPA, [...] seul syndicat reconnu par le gouvernement »? La vérité, c’est que la loi reconnaît le statut d’association accréditée à l’organisation où adhèrent volontairement la majorité des producteurs. Je souligne le mot « volontairement ». N’importe quelle autre organisation de producteurs peut donc aspirer à ce statut si elle démontre qu’elle détient la majorité des appuis nécessaires.
Quand le faux se retrouve ainsi confondu avec le vrai, de deux choses l’une : ou bien on fait preuve d’une ignorance crasse de la loi, ou bien on cherche à lui faire dire autre chose pour la mettre au service de ses propres intérêts. Voilà pourquoi la vigilance est de mise. Posons-nous alors la question de façon éclairée : quels sont les véritables intérêts derrière un tel discours?
Ce qui est vrai par contre, c’est que 95 % des agriculteurs du Québec ont choisi et choisissent encore tous les jours d’adhérer volontairement à l’UPA. Que son mandat consiste à défendre les intérêts moraux et économiques de tous les producteurs et productrices. Et que sa feuille de route, actuelle et passée, en témoigne éloquemment parce qu’elle est le fruit de débats démocratiques par de véritables agriculteurs et agricultrices, au sein d’instances ouvertes et transparentes.
Ayez ces considérations à l’esprit au cours des prochains mois, alors que les outils collectifs que nous nous sommes donnés, par le biais de notre association accréditée et de nos plans conjoints, vont se retrouver sous le feu nourri de tous ces vendeurs du temple. Il m’apparaît évident que leurs intérêts à eux ne sont assurément pas celui des agriculteurs et agricultrices du Québec.