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L'abattoir, un outil indispensable

Éditorial de La Terre de chez nous

Semaine du 11 au 17 avril 2012

Marcel Groleau

 

C’est avec une très forte majorité de 89 % que les producteurs de bovins, réunis en assemblée générale spéciale, la semaine dernière, ont adopté un projet de coopérative pour aller de l’avant avec le plan de redressement de l’abattoir Levinoff-Colbex et son nouveau plan d’affaires 2012-2016.

 

La décision peut surprendre, l’entreprise ayant connu son lot de difficultés depuis son acquisition par les producteurs. Mais il faut savoir que la production de lait et de bœuf est importante au Québec : plus de 350 000 vaches laitières et 200 000 bovins de boucherie, des animaux qui doivent ultimement passer par un abattoir, leur viande étant encore excellente après une première carrière.

 

Deux autres abattoirs ont une capacité suffisante pour recevoir 100 000 têtes ou plus, mais l’un est à Toronto, l’autre à Guelph. Leur vocation première est l'abattage de bouvillons, et non les vaches de réforme, si ce n’est occasionnellement selon l’état du marché. L'autre alternative est aux États-Unis.

 

Les producteurs ont dit oui à la relance après avoir évalué les options de rechange, peu nombreuses, et les conséquences d'une fermeture. Peut-on imaginer convoyer des animaux de la Gaspésie jusqu’à la région de Toronto? Dans quel état arriveraient-ils et à quel coût? Quel prix obtiendrions-nous sans aucune autre alternative concurrentielle? Levinoff-Colbex est en fait un service essentiel à la production bovine.

 

Le plan de relance sera confié à une nouvelle coopérative formée de tous les producteurs utilisateurs. Des parts sociales reconnaîtront les contributions déjà versées et celles à venir. Ceux qui souhaitent investir davantage pourront acquérir des parts privilégiées. Un transfert des opérations de Montréal (découpe) à Saint-Cyrille-de-Wendover s’avère également essentiel pour plus d’efficacité et une réduction maximale des frais de fonctionnement. Une nouvelle équipe de gestion est par ailleurs en place depuis décembre; le plan de relance a été élaboré avec elle.

 

Les gouvernements du Québec et du Canada doivent s'associer au projet. Nous avons déjà une excellente collaboration du ministre Corbeil et de son équipe. L'abattoir, qui emploie plus de 300 personnes, est très important pour la région. Le gouvernement fédéral devra collaborer, lui aussi. Les pertes de l'entreprise à cause des matières à risque spécifiées (MRS) sont encore très importantes (4 M$ par année) et l’une des principales conséquences de nos difficultés. Le plan de relance vise néanmoins la rentabilité, malgré ce facteur qui nous désavantage clairement par rapport à nos compétiteurs.

 

La transparence, la reconnaissance et la confiance sont primordiales pour le succès de ce projet. Mardi dernier, les producteurs ont eu droit à une présentation détaillée : faits saillants sur les résultats de l’abattoir en 2011, détails du plan de redressement, aperçu du nouveau plan stratégique, montage financier, résultats projetés, etc. Tout était sur la table, et tous les producteurs de bovins du Québec vont recevoir d’ici peu un compte-rendu détaillé de cette assemblée, en plus d’être conviés à une tournée d’information.

 

Les enjeux sont donc évidents, autant pour les producteurs que pour nos gouvernements. En conservant sa capacité d’abattage de vaches de réforme, le Québec évitera de se retrouver à la merci d’une dépendance extérieure qui condamnerait inévitablement les producteurs à une baisse des prix ou même aux aléas d’un éventuel embargo (ça s’est déjà vu!). Autant de scénarios néfastes non seulement pour le secteur bovin, mais pour toute l’agriculture québécoise.

 

On a donc devant nous un projet rassembleur : 89 % d’appui, le soutien de l’Union, celui de la Fédération des producteurs de lait, l’engagement du gouvernement et celui d’une nouvelle équipe de direction expérimentée. Cette future coopérative et son plan d’affaires sont à même d’assurer aux producteurs le plus essentiel : une capacité d’abattage à distance raisonnable de nos fermes et le meilleur scénario pour obtenir un juste prix. La clé du succès est toutefois évidente, c’est l'engagement des producteurs dans la nouvelle coopérative.



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