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Un peu d'histoire

Au Québec, c’est au cours de la décennie de 1860 qu’apparaissent les premières associations réunissant des agriculteurs localement. En 1875, ces cercles agricoles sont suffisamment nombreux pour que soit tenté un regroupement à l’échelle provinciale; l’Union agricole nationale est alors constituée. Cependant, quelques années après sa fondation, elle est habilement récupérée par l’Église, puis par l’État. Ce dernier prend progressivement le contrôle en lui accordant des subventions en échange desquelles il exige des engagements très stricts. Ainsi noyautés, les cercles finissent par perdre de leur autonomie.

 

À la fin du 19e siècle, au Québec comme ailleurs dans les pays industrialisés, la migration vers les villes amène les cultivateurs à vendre une part de plus en plus importante de leur production sur les marchés. À cette époque, les règles du marché désavantagent nettement les cultivateurs vis-à-vis les acheteurs, beaucoup moins nombreux. Les agriculteurs se regroupent et recherchent des moyens pour augmenter, sécuriser et stabiliser leurs revenus. 

De l’Union catholique des cultivateurs...

En 1908, une loi encadre la création des sociétés coopératives agricoles. En moins de 15 ans, 350 coops locales sont fondées. La Coopérative fédérée de Québec voit le jour en 1922.

 

À la fin de la guerre, le début des années 20 amène surproduction, chute des prix, endettement des cultivateurs et exode vers les villes. C’est dans ce contexte qu’est fondée, le 2 octobre 1924, l’Union catholique des cultivateurs (UCC).

 

En 1930, à peine 10 % des fermes québécoises sont électrifiées. L’UCC fera de l’électrification rurale un de ses chevaux de bataille. En 1945, un projet de loi est enfin adopté et, en 7 ans, 10 000 kilomètres de lignes électriques sont construites; 35 000 foyers y sont raccordés. En 1954, 85 % des ruraux ont accès à l’électricité.

 

En 1931, l’UCC obtient l’établissement d’un crédit agricole provincial. À l’époque, il est considéré comme le plus généreux au Canada; il accorde des prêts à 2,5 % d’intérêt sur 30 ou 39 ans pour un maximum de 6 000 $.

 

Au fil des ans, le concept des contrats collectifs, déjà en place en Angleterre et dans six provinces canadiennes, fait son chemin au Québec. En 1944, le congrès général de l’UCC demande officiellement une loi en ce sens, mais ce n’est qu’en 1956 que le gouvernement provincial accordera à la classe agricole la Loi sur la mise en marché des produits agricoles.

 

À partir de 1965, le financement des groupes d’agriculteurs administrant des plans conjoints (outils qui, en vertu de la Loi, permettent l’établissement de contrats collectifs) est assuré par des prélevés obligatoires. Ces offices peuvent mettre en place des agences de vente et contingenter la production. Très vite, les offices qui administrent des plans conjoints provinciaux ont besoin d’une meilleure coordination au niveau national, notamment au regard du contrôle des frontières et de la gestion de l’offre. En 1971, une loi canadienne viendra encadrer les pouvoirs des offices nationaux.

... À l’Union des producteurs agricoles

En 1972, au sortir de la Révolution tranquille, l’UCC perd son caractère confessionnel et devient l’Union des producteurs agricoles (UPA). Mais il y a bien davantage que ce changement d’appellation, car depuis plusieurs décennies, l’Union est perçue comme la voix de tous les agriculteurs et toutes les agricultrices. Cette année-la, elle acquiert enfin la représentativité unique dans la profession avec l’adoption de la Loi sur les producteurs agricoles.


La loi définit le statut de producteur, reconnaît une seule association accréditée pour représenter les producteurs agricoles du Québec et lui confère, suivant le respect de certaines exigences, le droit de percevoir des cotisations et des contributions obligatoires. Un droit que l’UPA obtient de ses membres au lendemain d’un référendum largement favorable.

 

L’UPA des années 70 et 80 sera de tous les combats : zonage agricole et système de taxation, développement régional, consolidation des plans conjoints, rémunération en fonction des coûts réels de production, assurance récolte, assurance stabilisation des revenus, reconnaissance du rôle des femmes en agriculture, soutien à la relève agricole, etc. Entre 1978 et 1991, l’UPA appuie la mise en place d’outils collectifs. Douze nouveaux plans conjoints provinciaux voient le jour. Des systèmes de contingentement réglementent trois productions, soit le lait, la volaille et les œufs.

 

Plusieurs groupes concluent des conventions avec les acheteurs dans le cadre de leurs plans conjoints. Les producteurs se donnent des outils répondant à leurs besoins spécifiques. On met en place des agences de vente, des enchères électroniques. On organise les encans spécialisés et on négocie des garanties de paiement. Parallèlement à cela, de nouveaux secteurs de production s’organisent et rejoignent les rangs de l’UPA (lapins, chèvres, grands gibiers, aquaculteurs, agriculture biologique).

 

Plus d’un siècle d’action collective

Les années 90 et 2000 sont d’abord celles de la protection de l’environnement. Les agriculteurs et les agricultrices se prononcent en faveur d’une agriculture durable, capable de concilier la rentabilité à court terme, le maintien de la productivité à long terme et les exigences de la société en matière de protection des ressources. En 1994, l’UPA se donne une véritable stratégie agroenvironnementale. Depuis, un vaste chantier, visant la sensibilisation et l’adoption de nouvelles pratiques, a été enclenché, soutenu par des investissements majeurs. Entre 1998 et 2008, c’est près de 500 M$ qui auront été investis par les producteurs dans ce domaine.

 

Les années 90 voient également naître un nouvel ordre économique mondial. Au cours de cette période, l’agriculture québécoise évolue dans un contexte où les négociations commerciales internationales influencent les politiques canadiennes. L’UPA reste alerte vis-à-vis les nouvelles règles dictant l’ouverture des marchés. Déjà en 1989, 12 000 agriculteurs du Québec se rassemblent à Ottawa pour exprimer leur préoccupation quant aux négociations du GATT. En 1992, l’UPA prend part au Sommet sur l’agriculture québécoise au cours duquel le gouvernement reconnaît la nécessité d’ajuster les programmes d’aide aux agriculteurs pour répondre aux conditions de l’économie moderne. Ces travaux se traduisent, la même année, par la mise en place de la Filière agroalimentaire du Québec pour mieux coordonner les relations entre les différents maillons de la chaîne.

 

Quelques années plus tard, en 1999, lors du Rendez-vous des décideurs, l’UPA avance l’idée de créer un organisme, administré par des représentants du gouvernement et des producteurs agricoles, qui regrouperait les assurances agricoles, le financement agricole et les autres outils financiers. Après des années de travail, La Financière agricole voit le jour en 2001.

 

Désormais, nourrir la population est devenu un enjeu stratégique mondial devant lequel les milieux agricoles de toute orientation ont avantage à s’épauler et à trouver des moyens novateurs d’intervention dans le contexte de globalisation des marchés. C’est dans cette optique qu’est fondé, en 1993, UPA Développement international (UPA DI), une corporation sans but lucratif qui vise, entre autres, à appuyer les organisations paysannes démocratiques et les systèmes collectifs de mise en marché dans les autres pays.

 

 

C’est dans cette logique aussi que l’UPA adhère, en 2007, au concept de souveraineté alimentaire qui permet de jeter les bases d’un nouveau contrat social entre les agriculteurs, la population et les gouvernements.

 

Tout récemment, en décembre 2009, l’Union faisait connaître sa vision de la politique agricole et alimentaire du Québec. Intitulée Le pouvoir de se nourrir, cette vision propose des actions concrètes pour l’avenir de l’agriculture québécoise.

 

En guise de conclusion, pour chacun des grands rendez-vous de l’histoire, les agriculteurs et les agricultrices ont répondu présents. Ils ont de ce fait apporté une contribution significative au développement de la société québécoise et en particulier de la société rurale. Que ce soit pour répondre à des attentes en termes d’efficacité, de conquête des marchés, ou encore d’autosuffisance alimentaire, c’est en défendant leurs valeurs et leur profession qu’ils ont participé activement à bâtir le Québec d’aujourd’hui.

 

Aujourd’hui, de nouveaux enjeux se dessinent pour le secteur agricole. Qu’on pense aux négociations de l’OMC, à la concentration dans le secteur de la transformation et de la distribution, à la biosécurité, aux changements climatiques, au développement durable, autant d’enjeux qui commandent des façons de faire novatrices et qui puiseront leur force dans ces années d’action collective.

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