Le 13 février dernier, nous apprenions par les médias que le ministre Pierre Paradis lançait une énième consultation sur la relève agricole.

M. Paradis a confié cette consultation à l’ex-président de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (CAAAQ), Jean Pronovost. Ce dernier doit consulter des jeunes dont les noms lui seraient soumis par l’UPA, le Conseil des entrepreneurs agricoles (CEA) et l’Union paysanne.

Il y a plusieurs choses qui clochent dans cette démarche. Tout d’abord, M. Paradis (en poste depuis huit mois) n’a eu aucune rencontre de travail avec la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ), qui regroupe plus de 2 000 jeunes. La FRAQ en a pourtant demandé une peu de temps après sa nomination. La seule rencontre s’est limitée à une visite de courtoisie à la ferme du président de la FRAQ, Pascal Hudon, alors que le ministre était en route vers la remise des médailles du mérite agricole à Rimouski.

Le choix de nommer Jean Pronovost est l’autre élément qui risque de faire déraper cette annonce. Le rapport de la CAAAQ, déposé en 2008, est loin d’avoir fait l’unanimité.

En fait, bien des gens ont retenu de ce rapport une seule recommandation, soit celle qui suggérait la fin de l’accréditation unique. Mais ce n’est pas de cet aspect dont je veux vous parler. Le choix de l’accréditation revient aux producteurs, et des mécanismes législatifs et réglementaires sont déjà en place dans l’éventualité où ils en décideraient autrement. L’ex-premier ministre Jean Charest a rapidement clarifié cet enjeu dès le dépôt du rapport, tout comme le premier ministre actuel, Philippe Couillard, lors de la course à la chefferie et pendant la campagne électorale.

Les principales recommandations de la CAAAQ n’en étaient pas moins désastreuses. La recommandation no 1 proposait de geler à 305 M$ le budget annuel de la Financière agricole du Québec (FADQ), alors que son sous-financement en regard des risques qu’elle devait couvrir était clairement démontré. La recommandation no 3 suggérait quant à elle d’abolir le programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles et de le remplacer par un programme découplé, une avenue actuellement abandonnée par les Européens et les Américains. La recommandation no 4 proposait la mesure dite du 25 % dans l’échantillon servant au calcul des coûts de production et la no 14, l’ouverture des plans conjoints pour permettre la production sans quotas. L’Union paysanne a repris cette recommandation dans un rapport diffusé en décembre dernier, encore une fois cosigné par M. Pronovost. Ce rapport contient d’importantes erreurs factuelles et de compréhension du système de gestion de l’offre.

Le plus étonnant dans cette affaire, c’est que M. Paradis, à l’époque où il était président de la Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles, a mené une véritable bataille contre la FADQ et son propre parti après l’application de plusieurs des recommandations de la commission Pronovost. Rappelons-nous que l’application de ces mesures, dans un contexte très difficile sur les marchés, a entraîné la faillite et l’abandon de plusieurs producteurs dans le secteur des viandes. Environ 30 à 50 % des fermes en production porcine, ovine et bovine sont ainsi disparues entre 2010 à 2012, en bonne partie à la suite de l’application des recommandations du rapport Pronovost. Et c’est à lui qu’on confierait maintenant l’avenir de la relève?

Mais ce que je craignais le plus est en train de se produire. À l’émission Bien dans son assiette du 19 février, le président du CEA, Jacques Cartier, a parlé pendant 10 minutes de l’accréditation unique et n’a pas dit un mot sur les enjeux de la relève agricole. L’Union paysanne fera sans doute la même chose et les discussions risquent ainsi de dévier sur l’accréditation syndicale agricole plutôt que sur l’avenir de notre agriculture, comme cela a été le cas en 2008. La façon dont M. Paradis a lancé cette consultation est regrettable, car le dossier de la relève agricole sera maintenant utilisé à des fins partisanes.

Voilà pourquoi l’UPA entend rester au-dessus de la mêlée. En collaboration avec la FRAQ et les 2 000 jeunes qui en sont membres, nous déposerons nos recommandations directement au ministre. La FRAQ compte dans ses rangs des jeunes établis, sur le point de l’être et d’autres en négociation avec des cédants non apparentés, dans tous les secteurs de production et dans toutes les régions du Québec. Le ministre et la relève peuvent donc compter sur nous pour que le vrai travail se fasse.