Chaque année en septembre (l’édition 2015 est du 19 au 27), une semaine est réservée pour souligner la production et la consommation de produits biologiques canadiens. D’abord marginale, la demande pour ces produits est devenue de plus en plus importante. Autrefois offerts seulement dans les boutiques spécialisées, les produits biologiques se trouvent maintenant dans tous les supermarchés à travers le pays. Toutes les grandes chaînes ont leur rayon bio, ce segment de marché offrant les meilleures perspectives de rendement et de croissance.

La semaine dernière, le Conseil de la transformation alimentaire du Québec a tenu l’événement Stratégie d’affaires en distribution alimentaire. Le conférencier vedette n’était nul autre que le coprésident et cofondateur de la chaîne Whole Foods, John Mackey. Spécialisée dans la distribution de produits biologiques et naturels, présente aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada, cette chaîne a connu une croissance remarquable. L’approvisionnement en produits naturels et biologiques reste l’enjeu principal pour Whole Foods. Selon M. Mackey, la demande mondiale en produits bio est passée de 23 G$ en 2002 à 71 G$ en 2012. Elle devrait être de 188 G$ dès 2019 alors qu’à peine 1 % des surfaces cultivées sont certifiées biologiques. À l’heure actuelle, environ 66 % du marché canadien des produits biologiques est approvisionné par des importations. Au Québec, 1 020 agriculteurs et agricultrices œuvrent en production biologique.

L’Union, de concert avec la Filière biologique du Québec, a mis en place la Table de développement de la production biologique (TDPB) pour tenter d’élargir l’offre de produits québécois et de profiter de ce marché en croissance. Nous avons procédé à l’embauche d’un coordonnateur provincial dont le mandat consiste à assurer le fonctionnement de la TDPB et à accompagner les membres dans la réalisation de projets visant à augmenter la production. Une participation financière du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) était espérée pour ce poste, mais le ministre Pierre Paradis a refusé.

En matière de recherche, de partage des risques ou d’assurance récolte, les entreprises agricoles du secteur biologique ne bénéficient pas de programmes adaptés à leur situation, bien que des aménagements aux programmes d’assurance récolte soient finalement en cours.

Comme on le dit dans le milieu, « on est là parce qu’on y croit »!

La période de transition vers l’agriculture biologique demeure le moment le plus risqué pour les entreprises, et les programmes de partage des risques pendant cette étape se révèlent insuffisants. La reconduction du Programme d’appui pour la conversion à l’agriculture biologique du MAPAQ, qui aide financièrement les producteurs à pallier les pertes liées à la précertification en fonction du type de production, s’avère une bonne nouvelle, mais il faut aller beaucoup plus loin.

Lors de la rencontre de la TDPB en juin dernier, les membres ont d’ailleurs demandé aux divers paliers de gouvernement d’implanter un programme de type « partage des coûts de la certification biologique », similaire à celui en vigueur aux États-Unis et ailleurs dans le monde, afin d’assurer la compétitivité de nos entreprises non seulement en période de précertification, mais aussi après cette étape déterminante. Chez nos voisins du sud, ce programme couvre 75 % des coûts de la certification annuelle. Certaines petites entreprises pour lesquelles la certification est trop coûteuse ne mettent pas en marché leurs produits dans le segment « bio », même s’ils sont produits selon les normes. Le comité MAPAQ-UPA-La Financière agricole du Québec sur la sécurité des revenus a lui aussi formulé des recommandations pour soutenir le développement de la production biologique.

Publiée en avril 2014, la Stratégie collective de développement du secteur biologique québécois vise une augmentation de 30 % des superficies sous régie biologique d’ici 2018. Plusieurs entreprises agricoles au Québec seraient prêtes à relever le défi, mais l’accompagnement professionnel et technique est insuffisant. Il faut investir maintenant pour conquérir ce marché en croissance. Or, l’enveloppe de 3 M$ par année pendant trois ans ne permettra sûrement pas d’atteindre nos objectifs.

Pour continuer son développement, le secteur biologique a besoin de programmes adaptés à ses enjeux et de budgets adéquats. Le ministre de l’Agriculture avait pourtant fait de la production biologique l’une de ses deux grandes priorités pour 2015-2016.