L'établissement des jeunes en agriculture

À l’heure actuelle, le Québec perd plus d'une ferme à chaque jour qui passe. Ces pertes laissent un vide important dans le tissu social et économique de nos communautés rurales. De plus, la profession agricole vieillit de plus en plus. Il y a seulement 10 ans,

 
nous pouvions compter un agriculteur de moins de 35 ans pour chaque agriculteur de plus de 55 ans. Aujourd'hui, nous comptons seulement un jeune pour trois producteurs de plus de 55 ans.

En parallèle, nous constatons un intérêt marqué des jeunes pour la profession agricole. Pensons aux nombreux jeunes qui s’inscrivent à des programmes de formation agricole chaque année. Ce sont des filles et des fils de producteurs agricoles, mais aussi des jeunes issus du milieu rural et urbain, qui ont le goût d’adopter le mode de vie et la profession agricole. Cependant, pour tous ces jeunes qui démontrent intérêt et compétence, il existe encore des barrières à l’entrée de la profession qui peuvent s’avérer insurmontables.


Pensons, par exemple, à la valeur des biens agricoles. L’agriculture se distingue des autres secteurs économiques par sa surcapitalisation. En effet, dans notre secteur, il faut plus de 5 $ d’actif pour générer 1$ de revenu brut. Situation particulièrement difficile pour tout jeune qui devient producteur agricole et qui doit acheter la terre, les bâtiments, le quota, s’il y a lieu, et les différents équipements nécessaires à la production.


D’autres éléments ont une influence sur la possibilité pour les jeunes de s’établir. Citons par exemple la sécurité financière des producteurs agricoles tranférant leur entreprise, l’accès aux services-conseils et à l’information de pointe, la complexité des relations humaines dans un contexte de transfert de fermes, etc.


C’est dans l’optique d’alléger ces barrières à l’entrée de la profession agricole que la Fédération de la relève agricole (FRAQ) et l’Union des producteurs agricoles (UPA) réunissent leurs efforts pour améliorer les conditions d’établissement en agriculture.

La relève en action


Dès les années 50, les jeunes agriculteurs d’ici ont ressenti le désir de s’unir au sein de regroupements qui refléteraient leurs préoccupations et travailleraient à favoriser leur entrée dans la profession agricole. Ils se sont regroupés au sein de la Jeunesse agricole catholique (JAC), véritable ancêtre des structures que nous connaissons aujourd’hui et, ensuite, au sein de groupes qui devinrent peu à peu des syndicats de relève agricole.


C’est grâce à un échange avec la France que s’est formé, en 1967, le premier véritable syndicat de la relève agricole au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Dès 1973, l’UPA ouvre la porte au groupe de relève au sein de sa structure. En 1982, la relève agricole a le vent dans les voiles et les divers syndicats régionaux s’unissent pour former la Fédération de la relève agricole du Québec, seule porte-parole jusqu’à ce jour des préoccupations des aspirants agriculteurs et des jeunes producteurs agricoles. Depuis lors, l’UPA contribue à l’essor de cette jeune fédération et l’accompagne par un soutien financier et une participation active à leurs activités. La Fédération de la relève agricole du Québec regroupe aujourd’hui plus de 1 200 jeunes qui souhaitent un jour pratiquer le plus beau des métiers, celui d’agriculteur.


Une alliance entre les générations au service de l'établissement des jeunes

Un sondage mené auprès de 600 agriculteurs québécois révèle que 92 % d'entre eux jugent important le maintien du plus grand nombre possible d'agriculteurs. Pour ce faire, 92 % des personnes interrogées accepteraient un prix moindre que celui du marché pour assurer le transfert de leur ferme à un membre de leur famille. Voilà un bel exemple de la volontédes productrices et producteurs agricoles d'appuyer l'établissement des jeunes.

L’UPA, par ses actions, reflète cette alliance entre les générations. Plus particulièrement, elle collabore avec la FRAQ pour obtenir la mise en place d’une véritable politique gouvernementale d’établissement des jeunes en agriculture. Un premier pas vient d’être franchi par la politique jeunesse : volet établissement et relève agricole du ministère de l’Agriculture. En effet, pour réussir le défi collectif de l’établissement agricole, une approche intégrée et concertée doit être appliquée. Cette approche doit être coordonnée et appuyée par l’État en plus de réunir les efforts de tous les partenaires du secteur agricole.


Après plusieurs consultations auprès de leurs membres, l’UPA et la FRAQ se donnent pour objectif de viser le maintien du nombre de fermes par l’établissement de 1100 jeunes par année. Un objectif ambitieux, certes, qui se situe dans une perspective à moyen terme et qui a le mérite d’interpeller l’ensemble des intervenants agricoles autour d’un projet mobilisateur. Pour y parvenir, nous devrons compter sur 300 établissements supplémentaires par année. C’est donc dire qu’il y a une place pour tous et chacun en agriculture.


Un Rapport d’orientation sur l’établissement des jeunes en agriculture a été produit en 2004. Sous le titre Une alliance entre les générations pour une agriculture à dimension humaine, ce rapport propose 16 recommandations d’actions dont une campagne de sensibilisation à l’importance de la relève féminine, la mise en place de leviers fiscaux et financiers pour favoriser la sécurité financière des producteurs à la retraite, le maintien et le développement du réseau de conseillers en transfert et démarrage de fermes, différentes mesures favorisant la formation des jeunes, l’amélioration des aides financières de même que la révision des mécanismes de transaction de quotas afin de limiter la croissance de leur valeur.


Certaines de ces recommandations ont été reprises dans les actions qui ont découlé de la Politique jeunesse du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec.