Dame nature n’a pas choyé les Québécois cette année. Les agriculteurs en savent quelque chose : beaucoup de pluie, pas assez de soleil, coupes de foin tardives, orages qui versent les cultures, etc. Le genre de météo qui nous rappelle à quel point l’agriculture peut se révéler hasardeuse. De même, quand on sème ou qu’on met bas une nouvelle portée, il est difficile de présumer de la suite des choses : bonne, très bonne ou mauvaise. Sans compter les soubresauts de marché, la concurrence étrangère, les aléas de toutes sortes. En fait, l’agriculture exige souvent un optimisme à toute épreuve.
De l’optimisme... et de la vigilance. Le récent épisode (qui n’est pas encore dénoué) sur l’Accord de commerce intérieur est venu nous le rappeler récemment. Heureusement, nous nous sommes donné une organisation qui veille au grain. Je n’ose imaginer ce que l’agriculture serait devenue au Québec s’il n’y avait pas eu l’Union pour assurer la défense de nos intérêts. Il suffit de prendre quelques anciens numéros de ce journal, même récents, pour se rendre compte du nombre de « combats » qui nous interpellent, le premier étant d’assurer aux producteurs un revenu décent pour tous les efforts qu’ils y mettent. Ça n’arrête jamais, et il faut souvent travailler sur plusieurs fronts! Heureusement, nous avons notre action collective et nous pouvons compter sur la force du nombre.
Cette force et cette solidarité sont nécessaires plus que jamais. Les prochaines semaines et les prochains mois seront cruciaux pour notre agriculture. Le dossier des négociations concernant les modes d’intervention de l’État et la nouvelle convention de La Financière agricole est toujours à l’avant-scène de nos priorités et mobilisera nos énergies. Il faut également fourbir les armes concernant la protection du territoire agricole; la menace qui pesait au printemps de voir rouvrir la LPTAA n’est pas moins sérieuse cet automne. La réforme du régime forestier va nous mobiliser, elle aussi, tant qu’elle fera abstraction du caractère indispensable de nos outils de mise en marché. Sans compter, évidemment, l’enjeu du commerce intérieur et, en toile de fond, les négociations de l’OMC.
Le « Pas de nourriture sans agriculture » de notre campagne de sensibilisation amorcée le printemps dernier est plus vrai que jamais. Un message qu’il faut répéter tout aussi fort cet automne, vu les grands enjeux qui nous interpellent. Il faudra mettre toute la pression qu’il faut pour convaincre nos interlocuteurs — parce que c’est vrai et primordial — que le Québec et nos concitoyens ont besoin d’une agriculture vigoureuse, variée, entreprenante et dynamique. Des dizaines de milliers d’emplois sont en cause, des centaines de millions en investissements à la ferme ainsi que notre souveraineté alimentaire. Nos activités constituent un puissant levier socioéconomique, un levier qui prend appui dans les régions et qui doit recevoir le soutien sans équivoque de l’État et de la population.
Le travail commence toutefois à la base, dans nos rangs. Les congrès régionaux, qui se tiendront un peu partout ces prochaines semaines, seront l’occasion de procéder à l’appel des troupes. Il est important d’y participer. Les dossiers sont complexes, les enjeux décisifs, à plus forte raison que se profile une nouvelle politique agricole dans les officines du MAPAQ. Il faut relayer le message. Sans un soutien adéquat de l’État, pas d’agriculture. Sans un territoire agricole convenablement protégé, pas d’agriculture! Si on laisse triompher le libre marché au dépens de nos outils collectifs, pas d’agriculture ni de sylviculture! L’Union a besoin de tout son monde! Chacun et chacune doivent pousser à la roue. L’automne en effet s’annonce chaud. Et, comme toujours, c’est ensemble que nous pourrons le mieux passer au travers.
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