Une récente dépêche de l’agence France-Presse faisait état du gouffre dans lequel se sont enfoncés les agriculteurs français au cours de la dernière année. Leurs revenus annuels, en 2009, équivalent à la moitié de ce qu’ils étaient en 2007, relate la dépêche. Ce n’est donc pas sans raison que nos cousins sont montés plus d’une fois aux barricades ces derniers mois, loin de là!
Pas plus tard que jeudi dernier, ce sont de jeunes producteurs de la relève qui prenaient d’assaut l’Élysée, siège du gouvernement français, clamant leur désarroi en répandant de la paille devant le palais présidentiel. La tension demeure donc très grande chez nos confrères européens malgré les mesures gouvernementales annoncées et un discours politique qui les rejoint.
En effet, Bruno Lemaire, ministre français de l’Agriculture, disait après cet incident : « Il y a urgence à sortir de cette situation et de commencer à ouvrir des perspectives à long terme pour l'agriculture française. Il faut impérativement stabiliser les prix pour stabiliser le revenu des agriculteurs et s'attaquer à la régulation des marchés agricoles mondiaux ». Des outils qu’on connaît bien ici.
La même journée, mais cette fois plus près de nous, le Département américain de l’agriculture (USDA) jugeait bon d’intervenir encore une fois pour soutenir son secteur laitier. Un nouveau programme d’assistance aux producteurs de lait était annoncé à quelques jours de Noël, garni d’une enveloppe de 290 millions de dollars. Les hauts représentants du USDA n’hésitent pas à parler de « critical assistance ».
Si les temps sont durs en agriculture, il en coûte également de plus en plus cher pour se nourrir. L’indice des prix alimentaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) affichait, en novembre, une quatrième hausse mensuelle d’affilée avec 168 points, confirmait tout récemment la FAO. Avant la crise alimentaire de 2008, cet indice n’avait jamais dépassé la barre des 120 points, étant la plupart du temps inférieur à 100.
Un communiqué de Statistique Canada, paru ce même jeudi 17 décembre, indiquait d’ailleurs que la hausse du prix des aliments se poursuivait au Canada, affichant une augmentation de 1,7 % en novembre. Un autre communiqué de cet organisme, paru celui-là au début du mois, signalait que les prix obtenus par les agriculteurs pour leurs produits, cet automne, s’étaient repliés de 15 % en moyenne par rapport à la même période l’an dernier.
Bref, les agriculteurs reçoivent de moins en moins pour leurs produits, et les consommateurs payent de plus en plus pour se nourrir, un paradoxe qui colore tout aussi bien la scène internationale que la scène nationale. Et c’est sur cette toile de fond que nous allons amorcer une toute nouvelle décennie. Comment va s’en sortir le concert des nations dans tout ça, qui s’enlise tout autant dans l’après-Kyoto que dans les accords de l’OMC? Bien malin qui saurait le dire...
Au moins, sommes-nous encore maîtres chez nous, d’où l’importance de tracer notre propre voie. C’est justement le défi que nous nous sommes donné, à l’UPA, en proposant notre projet de politique agricole et alimentaire, Le pouvoir de se nourrir. Un défi que nous demandons au gouvernement provincial de relever avec nous, car il nous appartient, collectivement, de tracer les contours de notre agriculture, non pas pour la seule année qui vient, déterminante à cet égard, mais pour la décennie à venir, sinon davantage, comme le soulignait le ministre Béchard à notre récent congrès général.
Que l’année 2010 marque, je le souhaite ardemment, le commencement d’une nouvelle ère pour notre agriculture, une ère de prospérité, de pérennité et de dignité. C’est mon souhait le plus cher, et c’est celui de Pierre et Denis, qui joignent leur espérance à la mienne. Joyeux Noël et Bonne Année!
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