Vendredi dernier, le ministre de l’Agriculture, Robert Dutil, a réactivé le comité bipartite dont les travaux ont conduit à l’assignation, l’automne passé, d’une enveloppe annuelle globale de 630 M$ destinée à l’ASRA pour les cinq prochaines années.
Le mandat qu’il a confié au comité est très précis : se pencher sur la divergence des prévisions financières de la FADQ et de l’UPA quant aux besoins futurs de l’ASRA. Vont donc s’y retrouver des représentants de l’UPA, du MAPAQ et de la FADQ auxquels s’ajouteront ceux du ministère des Finances et du Conseil du trésor.
Nous pourrons y démontrer qu’il n’est pas nécessaire de mettre en œuvre la dernière mesure de resserrement de La Financière agricole pour respecter le cadre financier. Quelques réunions, deux ou trois semaines devraient suffire. Pas davantage.
Est-ce la fin de l’impasse pour autant? Seule la suite nous le dira. Il s’agit d’une étape pour le moins cruciale. D’ici là, nous restons vigilants.
Au-delà du débat sur les chiffres, il y a une réalité qui ne ment pas sur le terrain. Les producteurs que je rencontre ne cessent de me le dire : l’implantation de toutes les mesures de resserrement va les mener à l’abandon de leur entreprise. Tout comme le confirment les conseillers en financement, dont la liste des clients en difficulté s’allonge chaque jour.
Vendredi dernier, lors de la rencontre avec le ministre, le président de la Coop fédérée et le vice-président marchés agricole et agroalimentaire du Mouvement Desjardins sont venus témoigner de cette réalité.
Quand le président de la première coopérative agricole du pays s’inquiète non seulement pour les fermes, mais également pour les entreprises qui gravitent autour d’elles, il y a lieu de s’alarmer.
Même chose quand vous entendez le représentant du plus important prêteur en agriculture au Québec vous expliquer que, même avant de mettre en œuvre les mesures de resserrement, 50 % de ses clients dans les secteurs bovin et porcin affichent des capacités de remboursement négatives.
Une situation que ne fera qu’empirer la dernière mesure de resserrement adoptée par La Financière agricole, conviennent-ils tous les deux. Quand des partenaires de première ligne et de premier plan du monde agricole sonnent l’alarme, eux aussi, il ne fait aucun doute : il y a bel et bien péril en la demeure.
L’agriculture vit des temps difficiles. La situation est très fragile. La sortie, ces jours derniers, de nos homologues ontariens est révélatrice à cet égard. Ils ont formé une coalition sans précédent d’organisations agricoles de tout l’Ontario, réclamant leur dû au gouvernement fédéral pour pouvoir implanter, dans leur province, des programmes plus structurants, à l’image des... nôtres! De quoi réfléchir, à Québec.
Veut-on vraiment jouer l’avenir du secteur agricole québécois, de sa prospérité et de sa pérennité? Quand les grands acteurs du monde agricole se liguent pour vous dire que la catastrophe est non seulement appréhendée mais imminente, il y a tout lieu de les écouter et de faire marche arrière.
Pendant qu’il en est encore temps.
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