Éditoriaux

Semaine du 20 mai 2010
À côté de la cible
CHRISTIAN LACASSE
Président général
En 2009, cinq des dix provinces canadiennes affichaient un revenu agricole négatif. Elles seront sept en 2010, indiquent les dernières prévisions d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). Pour la même année, y apprend-on également, le revenu agricole canadien sera négatif, lui aussi.

Ce n’est toutefois pas le cas au Québec, car nos outils collectifs de mise en marché et nos programmes de sécurité du revenu procurent de meilleurs résultats que dans l’ensemble des autres provinces.

Le portrait va radicalement changer cependant avec les coupures draconiennes additionnelles qui s’incrustent à l’agenda de La Financière agricole concernant l’ASRA, Québec ne lui ayant toujours pas envoyé le signal de faire marche arrière.

On le dira ad nauseam s’il le faut : ces coupures ne sont pas nécessaires pour que La Financière respecte son nouveau budget. Leur effet n’en sera que plus dévastateur alors que les conditions économiques internationales ont un impact important sur le revenu des agriculteurs, confirme AAC.

Ce n’est pas le temps de laisser tomber les agriculteurs : c’est le temps de les soutenir! La Financière agricole a déjà sabré dans l’ASRA l’automne dernier (80 M$). Imposer près de 85 $ de coupures supplémentaires va conduire notre agriculture dans un gouffre.

Qu’on regarde en Ontario où l’absence de tels programmes fait cruellement défaut. On assiste là-bas aux « plus grandes pertes de revenu du marché de tous les temps », déplore Sean McGivern, coordonnateur de National Farmers Union Ontario (500 M$ dans le rouge selon AAC)

Nos confrères ontariens se débattent actuellement comme des diables dans l’eau bénite pour obtenir du fédéral un programme de soutien basé sur les coûts de production. Eh oui, un programme largement inspiré de l’ASRA.

Pendant ce temps-là, à Québec, on voudrait jeter le bébé avec l’eau du bain. Quand plus de 22 000 producteurs et productrices agricoles sonnent l’alarme dans une pétition, soit autant de monde qu’au Centre Bell un soir de finale, la clairvoyance politique s’impose.

Les chiffres d’AAC le prouvent : l’ASRA s’acquitte de sa mission au Québec. Pour le moment. S’engager dans la voie que propose la Financière agricole va la faire passer sous un niveau d’intervention où l’effet escompté ne sera plus au rendez-vous. Les unes après les autres, nos fermes familiales vont tomber.

Et sur celles qui resteront, les agriculteurs devront accroître de plus en plus leur revenu hors ferme, à l’instar de leurs homologues canadiens, dont le revenu agricole représente à peine 20 % du revenu familial. Censées favoriser l’efficacité, toutes ces coupures auront donc l’effet contraire en obligeant les producteurs à courir deux « jobs » au lieu de se concentrer sur une seule.

Si on veut renflouer les coffres de FADQ, ce n’est pas sur le dos des agriculteurs qu’on doit le faire. Il faut regarder du côté d’Ottawa, dans le programme Agri-stabilité, un programme qui ne débourse pas, faute de compenser convenablement en situation de crise prolongée.

Ses énergies, Québec devrait en fait les employer à viser la bonne cible pour obtenir sa juste part de l’argent qui dort dans les coffres d’AAC au lieu de braquer le secteur agricole avec ses coupures et d’exposer notre agriculture à devenir, au bout du compte, une activité d’appoint.

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