Éditoriaux

Semaine du 10 juin 2010
Va-t-on faire de l’agriculture québécoise une activité d’appoint?
CHRISTIAN LACASSE
Président général
La semaine dernière, avec une délégation de nos groupes affiliés, j’assistais aux consultations que vient d’entamer Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) en vue d’élaborer la prochaine politique agricole canadienne, qui succédera à l’actuel cadre stratégique agricole en 2013.

Sur fond d’exigences alimentaires croissantes (il faudra nourrir neuf milliards d’humains en 2050), ce fut l’occasion de parler des défis qui nous interpellent et de faire la promotion des éléments de notre politique agricole : souveraineté alimentaire, gestion de l’offre, réciprocité aux frontières, programmes adéquats de soutien du revenu, relève, etc.

L’occasion était en outre idéale pour attirer l’attention sur l’échec du programme Agri-stabilité, échec qui tient au fait que ce programme compense le revenu global en se fondant sur la moyenne des dernières années.

Que soutient-on vraiment si cette moyenne se situe en dessous des coûts de production? Qu’arrive-t-il en situation de baisse prolongée? On stabilise les marges, des marges déficitaires en l’occurrence, mais on ne soutient sûrement pas le revenu! C’est ce que nous dénonçons en plus du fait que les fonds dans Agri-flexibilité sont insuffisants et non disponibles pour la sécurité du revenu.

De tels programmes sont une entorse évidente au principe des coûts de production. Il est pourtant légitime de recouvrer ces coûts et de pouvoir compter sur un soutien adéquat et flexible, à plus forte raison si les temps durs s’étirent sur plusieurs années comme on l’a vu dans nombre de productions.

Le fédéral, avec ce type de programmes, en est arrivé à faire de l’agriculture canadienne une activité d’appoint. Le revenu net agricole ne représente plus que 20 % du revenu familial global quand on fait la moyenne à l’échelle canadienne. Une véritable aberration!

Au Québec, grâce à la mise en marché collective, à nos programmes de sécurité du revenu et à la gestion de l’offre, ce pourcentage est de 40 %, mais pour combien de temps encore?

Et ce ne sont pas des mesures comme celle que La Financière agricole s’apprête à mettre en œuvre (retrait de 25 % des fermes dans le calcul des coûts de production) qui vont nous permettre, à long terme, de continuer à pratiquer l’agriculture de façon professionnelle. L’ultime rencontre du comité bipartite, vendredi dernier, n’a pas permis de dénouer l’impasse.

Là encore, on nous impose un modèle théorique, comme si l’agriculture se pratiquait dans des conditions idéales et partout de la même façon. C’est irréaliste. L’agriculture ne se fait pas en laboratoire, à l’abri des caprices de la nature, du vivant, des marchés, etc., indépendamment des conditions locales et avec des résultats parfaits tous les ans.

Contrairement à ce que soutient La Financière agricole, les impacts de cette mesure sont loin d’être anodins, et ce, à court, moyen et long terme. En plus des milliers de fermes acculées à l’abandon de la production, la marginalisation du revenu agricole frappera le Québec de plein fouet, de la même façon alarmante que dans le reste du pays.

Si l’État québécois a une véritable vision de l’agriculture et si, comme l’ont soutenu ses plus hauts représentants, l’important est d’avoir une agriculture non pas déstructurée mais efficace, Québec devrait se ranger à nos arguments et exiger de La financière agricole qu’elle fasse marche arrière dans ce dossier.

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