Dans la dernière édition de La Terre de chez nous, le ministre de l’Agriculture a annoncé le report de la nouvelle politique agricole. De nouveau en selle depuis peu, monsieur Béchard s’est expliqué en disant vouloir imprimer ses « couleurs » à cette future politique. Si c’est pour la bonifier, tant mieux.
Un telle politique se devra de créer un cadre permettant de fournir à la population des aliments de qualité, à bons prix, produits dans le respect des attentes sociétales, à partir d’entreprises à dimension humaine, les préférées de nos concitoyens, confirment nos multiples journées portes ouvertes.
Les agriculteurs et les agricultrices, de leur côté, s’attendent à ce que cette politique soit à même de favoriser une agriculture dynamique, concurrentielle et pérenne, la condition sine qua non pour y parvenir consistant, d’abord et avant tout, à instaurer les conditions leur permettant de vivre décemment de leurs activités.
À cet égard, le Québec a déjà des bases solides : la Loi sur les producteurs agricoles, la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, la Loi sur la protection du territoire agricole ainsi que nos programmes d’assurance récolte et de sécurité du revenu.
Encore faut-il que ces derniers programmes puissent faire le travail pour lequel ils ont été conçus, c’est-à-dire permettre aux agriculteurs et agricultrices d’obtenir les revenus pour rester en production malgré les mauvaises années, le but étant d’assurer la pérennité de l’agriculture sur notre territoire.
Partant de là, on comprend qu’exclure du calcul des coûts de production les mauvais résultats (inévitables quand on travaille avec la nature) revient à nier ce principe, au cœur même de l’ASRA. C’est pourtant tout droit vers cette aberration que nous entraîne le retrait de 25 % des fermes dans le calcul des coûts de production proposé par La Financière agricole.
Jusqu’à maintenant, six mois de représentations de l’UPA ne l’ont pas fait dévier de sa route. Le ministre Béchard sera-t-il donc celui qui pourra finalement dénouer l’impasse? Les agriculteurs le souhaitent ardemment.
Particulièrement ceux qui étaient présents au dernier congrès général de l’UPA. « J’ai beaucoup d’ouverture », nous avait-il dit alors, ajoutant qu’il croyait « profondément » à la stabilité et à la prévisibilité des revenus en agriculture.
Cette empathie est loin d’avoir été étrangère à l’accueil réservé à son annonce. Les producteurs ont même reconnu son efficacité vu le budget obtenu dans le contexte difficile que l’on sait. Mais ce qui était une bonne nouvelle va-t-il finalement s’avérer tout le contraire à cause d’une question de modalités?
Modalités au demeurant contraires à l’engagement même du premier ministre qui m’écrivait, le 21 novembre 2008, « qu’il est dans l’ordre des choses que tous les producteurs agricoles du Québec puissent tirer de leur production un revenu leur permettant de couvrir leurs coûts de production, incluant une rémunération adéquate comparable à d’autres secteurs semblables ».
On en est loin! Parce la dernière mesure de La Financière agricole, si elle n’est pas renversée, conduira notre agriculture à un point de rupture au-delà duquel une politique agricole, quelle qu’elle soit, ne pourra que ménager les dégâts.
|