L’ampleur des concessions canadiennes dans l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC) a surpris tout le monde. Les secteurs sous gestion de l’offre, particulièrement le secteur laitier, ont encore une fois été sacrifiés en faveur, dit-on, d’une « bonne entente » pour le Canada et son secteur automobile. Les concessions de marché faites aux Américains s’additionnent à celles des accords avec l’Europe et les pays du Partenariat transpacifique.

Pour le lait, au total, c’est l’équivalent d’un mois de production qui sera perdu. Ce lait ne sera pas transformé, ni transporté, ni mis en marché. Ce sont des pertes énormes pour les fermes, pour toute la filière, pour nos économies régionales ainsi que nos fournisseurs d’intrants et de services.

Est-ce qu’un accord qui aurait entraîné la fermeture pendant un mois des usines automobiles de l’Ontario aurait été une « bonne entente » pour le Canada? Je vous laisse le soin de répondre.

Les États-Unis obtiennent dans l’AEUMC un droit de regard sur l’élaboration des mécanismes de mise en marché de nos surplus de protéines laitières. C’est une concession qui dépasse tout ce que j’ai vu jusqu’à maintenant dans tous les accords négociés par le Canada.

Les producteurs laitiers ont réagi fortement et avec raison. Le président des Producteurs de lait du Québec, Bruno Letendre, a multiplié les entrevues en utilisant des images fortes pour expliquer aux citoyens les conséquences de cet accord. Ce sont des milliers de tonnes de lait, de yogourt, de fromage, de produits de volaille et des millions d’œufs qui seront importés sur notre marché.

Rapidement, les consommateurs se sont inquiétés de l’arrivée de ces produits chez nous. Comment les reconnaître? Seront-ils identifiés? Sont-ils déjà sur nos marchés? Autant de questions qui démontrent la sensibilité des consommateurs à la provenance des aliments qu’ils achètent.

L’AEUMC soulève à nouveau toute la question du respect des normes environnementales, sanitaires et sociales canadiennes et québécoises. Nous avons chez nous l’une des réglementations les plus sévères au monde sur ces enjeux importants pour les citoyens du Québec.

Le Canada, contrairement à l’Europe et aux États-Unis, n’est pas très exigeant. Parlez-en aux fromagers québécois. Les règles sanitaires d’ici ont pratiquement éliminé la confection de fromage au lait cru. On importe pourtant des fromages au lait cru qui ne respectent pas les normes québécoises de fabrication.

L’Europe exige que le bœuf canadien respecte ses normes de traçabilité et soit élevé sans hormones. Elle a banni les organismes génétiquement modifiés et il en est ainsi pour les céréales importées. Les États-Unis appliquent les mêmes principes.

Comment arriverons-nous à protéger notre panier d’épicerie si, en plus d’accorder des parts de marché, nous n’exigeons pas le respect des normes québécoises et canadiennes pour les produits importés? Cet enjeu touche autant les agriculteurs que les citoyens consommateurs. Les normes québécoises ont été fixées pour répondre aux exigences des citoyens. Elles doivent être appliquées aux produits importés.

Le Canada bannira bientôt certains pesticides pour protéger la biodiversité. Il va pourtant permettre l’importation de fruits et de légumes produits à l’aide de ces mêmes pesticides. Bien sûr, rien sur l’étiquette n’indiquera que ces fruits et légumes ont été traités avec un pesticide banni au Canada!

Le 18 novembre, une grande marche citoyenne aura lieu à Montréal. Notre garde-manger est en danger. Il faut agir. Les consommateurs sont prêts à nous accompagner. Ils sont choqués des concessions consenties aux États-Unis. Ils veulent plus de produits québécois et des aliments importés qui respectent les normes environnementales et sanitaires imposées aux agriculteurs de chez nous. Il faut profiter de cette conjoncture.

Pour sauver notre garde-manger, les agricultrices et les agriculteurs de chez nous, accompagnés de leur famille et de leurs voisins et amis, donnent rendez-vous aux citoyens du Québec le 18 novembre prochain à Montréal pour une grande marche. Soyons nombreux à livrer un message clair et fort!

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 31 octobre au 6 novembre 2018
Marcel Groleau, président général