Le monde change vite; très vite. Si l’on s’y attarde un peu, l’ampleur et la vitesse des changements en quelques décennies sont impressionnantes.

Il y a 30 ans, la téléphonie cellulaire était réservée à quelques individus. Le téléphone était utile; maintenant, il est « intelligent »! Personne ne connaissait le Web. Les ordinateurs étaient lourds et lents; pas de portables, de tablettes électroniques, ni de médias sociaux. Le commerce « en ligne » se faisait par catalogues et commandes postales. Aujourd’hui, en un clic, on réserve une chambre, un gîte ou un vol n’importe où dans le monde.

La science et la technologie ont aussi fait leur chemin en agriculture. Robotisation, agriculture de précision, biotechnologie et génomique sont maintenant utilisées couramment.

À l’époque, le Canada signait un premier accord de libre-échange avec les États-Unis. Le bloc soviétique commençait à s’effriter. Le mur de Berlin vacillait, mais il était encore debout (il est tombé en novembre 1989). La Chine s’ouvrait lentement sur le monde. La population mondiale dépassait à peine 5 milliards d’individus (7,7 cette année). Ce ne sont que quelques exemples, mais ils révèlent à quel point le monde a changé ces 30 dernières années.

Les mentalités ont changé aussi. Les attentes sociétales ont beaucoup évolué depuis 30 ans. Le bien-être animal, la protection de l’environnement, l’équité entre les sexes et les individus sont des valeurs propres à chaque nation. L’ouverture des marchés et les règles de commerce n’intègrent pas ces valeurs. Est-ce une menace à notre compétitivité? Comment réagiront les citoyens? Les consommateurs de demain? Seront-ils, oui ou non, de plus en plus nombreux à acheter selon leur conscience, en respect de leurs valeurs?

Les changements rapides sont difficiles à intégrer. Certains facilitent notre vie, mais d’autres remettent en question la façon dont nous faisons les choses depuis nombre d’années. D’abord, l’appréhension et la résistance, puis l’adaptation et l’évolution font leur chemin et la génération suivante prend le relais. C’est comme ça depuis toujours sauf que maintenant, c’est à une vitesse folle.

Dans ce contexte, quel est l’avenir du secteur agroalimentaire québécois? Cette question sera au cœur de la réflexion dans le cadre de la 94e édition du Congrès général de l’Union. Sous le thème « Nourrir en 2048 », en compagnie de plusieurs invités et experts de renom issus d’horizons variés, nous réfléchirons ensemble à l’avenir de notre agriculture et de nos régions ainsi qu’à l’évolution des tendances alimentaires. Une conférence d’ouverture et quatre panels porteront sur l’adaptation aux changements environnementaux, les grandes tendances sociétales, l’innovation des pratiques agricoles et l’action collective de demain. Je suis certain que les échanges seront passionnants!

Nous ne pourrons pas tout régler en deux jours. J’espère que cette amorce de réflexion se poursuivra. Malgré l’âge vénérable que j’aurai en 2048, j’espère bien être en mesure de constater avec étonnement et confiance l’évolution des 30 années précédentes. J’espère aussi que nos choix auront été les bons pour ceux qui nous suivent et que malgré les menaces climatiques et autres, nous aurons laissé en héritage un monde qui permette toujours de rêver.

À tous et toutes, je vous souhaite un excellent congrès général!

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 5 au 11 décembre 2018
Marcel Groleau, président général