Nous n’avons jamais autant parlé de bouffe. Il y a maintenant une multitude de régimes alimentaires qui ont tous leurs vertus, allant du délestage du colon jusqu’à la libération des bonnes protéines pour le fonctionnement du cerveau. Les adeptes du régime cétogène consomment beaucoup de viande alors que les végétaliens n’en mangent non seulement pas, mais militent activement pour que tout le monde fasse de même.

Les nutritionnistes qui s’aventurent sur ce champ de mines le font à leurs risques et périls. Parlez-en à Isabelle Huot, qui a émis des réserves sur le régime cétogène. Elle a rapidement reçu des menaces et des courriels haineux de la part des partisans de ce régime. Ces derniers n’acceptaient pas ses mises en garde concernant les supposés bienfaits de ce régime. Mme Huot est pourtant une docteure en nutrition très respectée et son objectif n’était que de prévenir la population en fonction des connaissances scientifiques dans le domaine.

Les exemples de dérapage sont nombreux, partout sur la planète. En France, des militants antispécistes, opposés à toute hiérarchie entre les espèces et prônant une alimentation végétalienne, multiplient depuis des mois les actes de vandalisme sur des boucheries et autres commerces alimentaires. La semaine dernière à Paris, une vingtaine de militants ont agressé un boucher bio, détruisant son étal en scandant des slogans.

En Ontario, les habituelles manifestations pacifiques dans des lieux publics prennent de plus en plus la forme d’entrées par effraction, d’invasions de fermes et de vols d’animaux par des groupes de manifestants. Ces derniers s’interposent même devant les camions de transport et harcèlent physiquement les transporteurs de bétail.

Cette tendance inquiète fortement les groupes d’éleveurs, comme le faisait remarquer la Fédération de l’agriculture de l’Ontario la semaine dernière alors que les tribunaux ont acquitté un récidiviste notoire : «Notre système de maintien de l’ordre s’appuie sur les conséquences d’une violation des lois. En l’absence de poursuites significatives pour décourager d’autres crimes dans le futur, les activistes posent des gestes encore plus audacieux. Ils amassent aussi des fonds par le biais de leurs activités illégales, profitant ainsi d’une violation de la loi.»

Plus près de chez nous, la semaine dernière, des représentants du mouvement La planète s’invite au Parlement ont envahi les bureaux de La Coop fédérée, au Marché central, pour dénoncer la « nocivité » des semences vendues par la coopérative.

La démarche des Producteurs de bovins du Québec, en collaboration avec l’Union, auprès de l’Agence canadienne d’inspection des aliments afin que l’on cesse d’utiliser le mot « viande » dans la publicité des galettes de protéines végétales Beyond Meat s’est aussi attirée les critiques de plusieurs végétaliens.

Tous ces exemples témoignent d’une situation très malsaine au chapitre non seulement de l’ordre public et du respect d’autrui, mais aussi du commerce alimentaire. Celle-ci pourrait facilement profiter aux Beyond Meat de ce monde, qui voient très bien le fort potentiel de cette polarisation alimentaire. Nos épiceries risquent d’être inondées de produits ultratransformés, encore plus polluants que ceux qu’ils tentent de remplacer, accompagnés d’emballages et de campagnes publicitaires taillés sur mesure pour confondre les consommateurs.

L’éclatement des tendances alimentaires et les convictions extrêmement rigides de leurs adeptes représentent un marché à très haut potentiel pour les fabricants d’aliments. Ces derniers savent depuis longtemps que les « convaincus », peu importe de quoi, sont prêts à payer très cher pour des biens qui respectent leurs valeurs, qu’elles soient alimentaires, philosophiques ou environnementales.