Les producteurs de grains du Québec connaissent des conditions particulièrement difficiles ce printemps pour faire leurs semis. Le froid et la pluie qui persistent inquiètent de plus en plus.

En temps normal, à ce moment-ci de l’année dans le sud du Québec, les semis sont terminés ou sur le point de l’être. On est loin du compte cette année. Plusieurs agriculteurs n’ont pas encore effectué 25 % de leurs semis.

Le mauvais temps affecte aussi l’Ontario et les provinces maritimes. J’ai eu l’occasion de rencontrer des producteurs du Midwest des États-Unis et du Wisconsin la semaine passée. Ils me disaient que la situation n’est pas plus facile pour eux cette année.

Ce printemps difficile coïncide avec des prix très incertains sur les marchés. La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a atteint un autre niveau après l’échec de la dernière séance de négociation. Avant celle-ci, le président Trump avait menacé d’augmenter les tarifs sur les produits chinois importés aux États-Unis. Au lendemain de l’échec des pourparlers, les États-Unis ont donné suite aux volontés du président.

La Chine n’a pas tardé à réagir en annonçant à son tour de nouveaux tarifs sur les exportations américaines. Les produits agricoles sont durement touchés, plus particulièrement le soya, l’une des principales denrées américaines exportées dans ce pays.

L’administration Trump a immédiatement réagi en annonçant une aide supplémentaire de 16 G$ aux producteurs de céréales. Les services du secrétaire du département américain de l’Agriculture (USDA), Sonny Perdue, ont expliqué que ce montant correspondait à l’estimation des dommages causés par les « rétorsions injustifiées sur les produits agricoles américains ».

En juillet 2018, ce ministère avait déjà débloqué une aide de 12 G$ pour les mêmes raisons. L’aide supplémentaire apporte un soutien immédiat pendant que « le président Trump s’emploie à éliminer les obstacles à l’accès aux marchés qui sont en place depuis longtemps » et à négocier des accords bilatéraux, a mentionné l’USDA.

Les producteurs canadiens subissent directement les effets de cette guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis. Les prix du soya et, dans une moindre mesure, du maïs, sont en baisse. Ceux des prochains mois sont aussi très incertains. Pendant que le gouvernement américain indemnise les agriculteurs touchés, celui du Canada ne bouge pas. Il doit, à l’instar de nos voisins du Sud, prendre ses responsabilités.

Depuis plus de 40 ans, le Canada s’emploie à négocier des ententes commerciales partout sur la planète. Les producteurs canadiens ont répondu à ces ouvertures de marché, ont investi et se sont soumis aux règles de qualité requises.

Les agriculteurs de chez nous ne sont pas responsables de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis. Si les producteurs américains bénéficient d’une aide supérieure à ceux du Canada, ils vont les déplacer sur les marchés.

Le gouvernement canadien n’a pas hésité à soutenir les entreprises du secteur de l’acier et de l’aluminium pendant le conflit avec les États-Unis. Il doit agir dès maintenant et annoncer à son tour un soutien vigoureux aux producteurs de grains du Québec et du Canada. On ne peut pas s’attendre à ce que nos agriculteurs puissent compétitionner le Trésor américain.

Éditorial La Terre de chez nous
Semaine du 29 mai au 4 juin 2019
Marcel Groleau, président général