La semaine dernière, comme au 1er mai de chaque année, le salaire minimum a été ajusté au Québec. Il est passé de 12 $ à 12,50 $ l’heure. Cela fait suite à des hausses de 75 ¢ en 2018 et de 50 ¢ en 2017. Les entreprises du secteur horticole vivent difficilement cette situation.

L’augmentation rapide du salaire minimum est un objectif louable. Nous comprenons très bien qu’il est impossible de vivre au-delà du seuil de la pauvreté avec un salaire horaire de 12,50 $ au Québec. Cependant, dans le secteur horticole où la main-d’œuvre représente une portion importante du coût de production, une hausse du salaire minimum supérieure à l’inflation crée des problèmes de rentabilité aux entreprises. Nous espérions, à la suite des engagements de tous les partis durant la récente campagne électorale, que des solutions seraient proposées au secteur pour lui donner du temps et lui permettre de s’adapter.

Dans le secteur horticole (maraîcher, petits fruits, vergers, cultures en serre, etc.), les coûts de main‐d’œuvre peuvent représenter plus de 50 % des dépenses d’entreprise. C’est le cas notamment dans le secteur des fraises et framboises. Chaque augmentation du salaire minimum a donc un impact important sur les coûts de production.

Ce qui distingue le secteur agricole (plus particulièrement horticole) des autres secteurs, c’est que ces coûts additionnels importants peuvent difficilement être transférés au marché. Les produits importés de pays dans lesquels la notion de salaire minimum n’existe même pas se retrouvent sur nos étals. L’absence de réciprocité des normes sociales et environnementales, dans les ententes de commerce, confère à ces concurrents internationaux des avantages importants. Le prix demeure le principal critère d’achat pour plus de 80 % des consommateurs. L’impact de chaque hausse du salaire minimum au-delà de l’inflation nuit donc grandement à la rentabilité des entreprises horticoles.

Selon un sondage mené l’an dernier auprès de producteurs horticoles (en majorité dans le secteur maraîcher et celui des fraises et framboises), environ 90 % des répondants se sont dits affectés par la hausse du salaire minimum : 55 % ont mentionné attendre avant de procéder à de nouveaux investissements, 47 % ont réduit leurs dépenses autres que celles inhérentes à la main-d’œuvre, 38 % ont vu leurs états financiers se détériorer et 44 % n’ont pas engagé d’employés supplémentaires ou en ont même diminué le nombre. Près de 59 % des agriculteurs sondés devront changer leur modèle d’affaires ou leur production dès cette année, tandis que les bénéfices de 43 % des répondants s’approchent du zéro.

Tout récemment, pour trouver des solutions à cet enjeu et à plusieurs autres, les organisations du secteur horticole et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) ont convenu de créer un forum interministériel sur la compétitivité du secteur. À ce sujet, le président de l’Association des producteurs maraîchers du Québec, Sylvain Terrault, mentionnait récemment :

Au cours des dernières années, le secteur horticole québécois a été frappé par plusieurs législations et réglementations qui ont fait augmenter les coûts de production. Parallèlement, les révisions et l’implantation de programmes gouvernementaux qui couvrent la gestion des risques […] ont conduit à une diminution de couverture et à une hausse des coûts. Dans ce contexte, il est pertinent de définir un plan de match pour que l’horticulture québécoise atteigne son plein potentiel.

À mon sens et à l’instar de l’Ontario, un tel plan de match passe nécessairement par des mesures pour atténuer l’impact de l’augmentation rapide du salaire minimum. Les producteurs horticoles misent sur la collaboration interministérielle et le leadership du MAPAQ pour amener leur secteur à un autre niveau. Il s’agit d’une initiative intéressante, mais les résultats devront être probants.

Éditorial La Terre de chez nous
Semaine du 8 au 14 mai 2019
Marcel Groleau, président général