Réunissant les organisations agricoles des deux continents tous les deux ans, la Conférence agricole Amérique du Nord – Union européenne aborde des enjeux politiques, sociaux, agricoles et alimentaires qui touchent les producteurs. La Fédération canadienne de l’agriculture a participé à l’organisation de la 39e édition qui s’est tenue la semaine dernière au Danemark, et y a présenté le point de vue du pays. La prochaine rencontre aura d’ailleurs lieu à l’Île-du-Prince-Édouard, en 2021.

Cette année, la conférence se tenait dans un contexte particulier. Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine et l’impasse dans laquelle se retrouve l’Europe avec le Brexit ont alimenté les discussions. La volatilité des prix est exacerbée par ces conflits commerciaux et l’instabilité politique. Actuellement, le prix du porc en Europe est à des niveaux qu’on n’avait pas vus depuis longtemps alors que le prix du bœuf souffre de l’incertitude engendrée par le Brexit. Dans les deux cas, que peuvent faire les producteurs touchés? Cette question a ramené la discussion sur les programmes de gestion des risques en agriculture qui, de l’avis général, tant en Europe qu’en Amérique, ne répondent pas adéquatement à des situations de ce genre et aux autres types de catastrophes.

Le Farm Bill américain a été renouvelé l’an dernier sans grands changements, à l’exception de quelques ajouts au programme de conservation. Le président de l’American Farm Bureau (AFB), Zippy Duvall, est un partisan résolu de l’administration Trump. Selon lui, les producteurs américains sont prêts à souffrir momentanément pour corriger les iniquités inhérentes aux règles actuelles du commerce avec la Chine. Le président Trump a également donné à l’AFB une place à la table où se discutent les enjeux agricoles aux États-Unis, une première, d’après M. Duvall. « Nous n’avons jamais été aussi proches de la Maison-Blanche », a-t-il déclaré.

Du côté européen, les discussions pour reconduire la politique agricole commune (PAC) vont bientôt commencer. Tous espèrent que le budget actuel sera maintenu. Le retrait du Royaume-Uni amène son lot d’incertitudes à ce chapitre.

L’acceptabilité sociale au regard des pratiques agricoles a fait l’objet de plusieurs échanges. En Amérique du Nord et en Europe, cet enjeu est de plus en plus présent. C’est sans doute en France que la situation est la plus troublante. Les partisans d’un système alimentaire sans élevage ont récemment incendié trois poulaillers. Les actes de vandalisme et les menaces à l’endroit des éleveurs, des bouchers et des marchands qui vendent de la viande se multiplient.

La gestion des pesticides et la crainte des consommateurs à cet égard ont aussi alimenté les échanges. De façon générale, tous ont reconnu que l’on peut faire une meilleure gestion de ces produits. Pour les États-Unis, la solution réside du côté de l’agriculture de précision, de l’utilisation des images satellites, du dépistage à l’aide de drones et d’autres technologies de pointe. Les règlements américains qui encadrent l’usage des pesticides sont moins restrictifs qu’en Europe, où les contraintes augmentent sans cesse. Tous souhaitent que les législateurs s’appuient sur des données scientifiques pour encadrer l’emploi des produits issus de la biotechnologie, mais c’est loin d’être acquis.

Un point commun ressort de tous ces échanges : le besoin de mieux communiquer avec les citoyens. Les sondages auprès des consommateurs, des deux côtés de l’Atlantique, montrent qu’ils font confiance aux producteurs, mais de moins en moins à l’agriculture. Cela soulève plusieurs questions. Des solutions ont été abordées pour rétablir cette communication.

Lors de ces conférences, nous constatons que nos enjeux ne sont pas si différents. Les producteurs agricoles du monde forment une grande communauté et gagnent à se rencontrer pour partager leurs expériences.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 20 septembre 2019
Marcel Groleau, président général