Les élections fédérales sont maintenant derrière nous. Le prochain gouvernement sera minoritaire, comme le prédisaient les sondages. De tels gouvernements ont généralement plus d’écoute. La prochaine élection peut venir vite.

Nous connaîtrons la composition du conseil des ministres le 20 novembre prochain. Marie-Claude Bibeau, ministre de l’Agriculture avant le déclenchement des élections et réélue dans sa circonscription, sera sans doute à nouveau considérée pour ce poste. Forte de l’expérience acquise avant la campagne, elle connaît bien les dossiers prioritaires du secteur agricole et pourrait rapidement continuer d’y travailler. Sa capacité de s’exprimer en français, contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, est appréciée des producteurs du Québec.

L’agriculture canadienne offre un très grand potentiel de développement. Dans un récent discours sur le budget, le ministre des Finances, Bill Morneau, a ciblé l’agriculture et l’alimentation comme l’un des six secteurs économiques offrant les meilleures perspectives de croissance. Les besoins alimentaires mondiaux sont en hausse et la demande en protéines et en produits alimentaires de qualité supérieure est très élevée. Le Canada est en bonne position pour y répondre si les conditions nécessaires sont présentes.

Lors de la signature du Partenariat canadien pour l’agriculture en 2018, la Fédération canadienne de l’agriculture et l’Union des producteurs agricoles (UPA) demandaient au gouvernement de réinvestir dans la gestion des risques d’entreprise. Le soutien à l’agriculture au Canada n’est plus compétitif comparé à celui des États-Unis, de l’Europe ou des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Agri-stabilité, principal programme canadien de gestion des risques d’entreprise, est abandonné par les producteurs, car les chances qu’il intervienne en cas de difficultés sont pratiquement inexistantes. Un comité mis en place au lendemain de la signature du Partenariat pour revoir les programmes a conclu qu’il était impossible d’y arriver à coût nul. Un coup de barre est donc nécessaire pour profiter du plein potentiel agricole canadien et maintenir l’agriculture au sein des fermes familiales, qui occupent notre grand territoire.

Les autres enjeux majeurs sont l’environnement et le bien-être animal. Les exigences sociétales ainsi que celles des marchés sont de plus en plus élevées. Les producteurs améliorent leurs pratiques et investissent massivement. Malheureusement, ces efforts sont rarement rémunérés à leur juste valeur par les marchés. Le gouvernement fédéral doit accompagner les provinces à cet égard. Les citoyens seront les premiers à féliciter son implication dans ce domaine. 

La guerre commerciale avec la Chine continue de faire mal. On espère une résolution de ce conflit dans les plus brefs délais, mais d’ici là, le gouvernement doit accompagner les secteurs touchés. Le secteur porcin, notamment, n’a pu profiter d’une séquence de marché des plus intéressantes, voire jamais vue. Alors que les conditions de cette année auraient servi de tremplin pour l’avenir, les producteurs connaîtront plutôt une autre année difficile. Cela aura des conséquences sur le développement du secteur pour très longtemps. En ce moment, ce sont nos compétiteurs qui profitent des nombreuses opportunités.

Il faudra aussi terminer le travail au regard des compensations pour les secteurs sous gestion de l’offre, à la suite de la conclusion des ententes commerciales et de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) lorsque celui-ci sera ratifié.

En terminant, je félicite et remercie tous les candidats et candidates qui ont livré bataille pour remporter l’élection dans leur circonscription. La politique est un milieu dur et intraitable. J’ai une pensée particulière pour ceux et celles qui ont perdu leur siège en dépit de leur bon travail des dernières années pour leurs commettants, incluant les producteurs et les productrices agricoles.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 30 octobre 2019
Marcel Groleau, président général