J’ai participé la semaine dernière au Forum public 2019 de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est la principale activité de communication annuelle de l’OMC. Il offre aux chefs d’État, aux parlementaires, aux représentants d’entreprises d’envergure mondiale, aux étudiants, aux universitaires et aux organisations non gouvernementales un cadre pour se rencontrer et débattre d’un grand éventail de questions relatives au commerce international. Le Forum accueille chaque année plus de 1 500 participants.

L’édition 2019 avait pour thème « Faire avancer le commerce : s’adapter à un monde en évolution ». Comme le mentionne l’OMC, « l’environnement commercial est de plus en plus caractérisé par les changements technologiques, les méthodes de production, la structure de l’emploi, l’évolution de la demande, la démographie et le climat, pour n’en citer que quelques-uns ». Le Forum a examiné comment les ententes de commerce multilatérales peuvent répondre à ces changements.

Les règles actuelles de l’OMC permettront-elles de répondre aux attentes des millénariaux et des générations futures, pour qui, notamment, les préoccupations individuelles et sociétales en matière d’alimentation sont de plus en plus importantes? Les moins de 40 ans constitueront plus de la moitié de la population mondiale (et canadienne) d’ici l’an prochain et représenteront la majorité des futurs travailleurs et consommateurs. Ces derniers, tout comme une grande part de la population, ont des exigences élevées relativement à la santé, l’environnement, le bien-être animal, les changements climatiques et le développement durable.

Les producteurs agricoles et toute la filière alimentaire doivent ajuster leurs pratiques pour répondre à ces nouvelles attentes. Cela se traduit par des normes nationales toujours plus exigeantes, mais rarement imposées aux produits importés. Tous ces facteurs ont une influence directe sur notre environnement d’affaires sans qu’ils soient pris en compte actuellement dans les ententes commerciales internationales.

Au-delà des préoccupations d’ordre économique, est-ce que la facilitation du commerce favorise le respect des droits de la personne et la protection de l’environnement, si chers aux nouvelles générations? Et d’un point de vue juridique, les ententes commerciales multilatérales peuvent-elles évoluer afin d’intégrer d’autres préoccupations? Nous avons soulevé ces questions lors du forum.

L’OMC ne s’est pas adaptée à ces enjeux, qui accaparent pourtant de plus en plus l’environnement politique et économique mondial. Les négociations multilatérales piétinent depuis bientôt vingt ans, d’où la multiplication des ententes bilatérales. Plusieurs décisions de l’OMC n’ont qu’une portée symbolique. À type d’exemple, le Canada a obtenu gain de cause à maintes reprises dans le dossier du bois d’œuvre, sans résultats concrets. De plus en plus de pays remettent en question son fonctionnement. 

La libéralisation du commerce, on le voit maintenant, n’a pas engendré plus d’équité ni une meilleure répartition de la richesse. Comme le précisait Oxfam en début d’année, 26 personnes disposent aujourd’hui d’autant d’argent que les 3,8 milliards les plus pauvres de la planète. En 2017, ils étaient au nombre de 43. La richesse des milliardaires dans le monde a augmenté de 900 G$ US l’an dernier (2,5 G$ US par jour). Pendant ce temps, celle de la moitié la plus pauvre de la population mondiale a chuté de 11 %. Le nombre de milliardaires a doublé depuis 2008.

Le monde aura toujours besoin d’une organisation internationale pour régir les règles du commerce entre les pays. La valeur du commerce des marchandises a augmenté de 10 % pour atteindre 19 480 G$ US l’an dernier. L’OMC doit toutefois évoluer, car ces règles ne peuvent plus avoir préséance sur tout le reste. L’adoption d’une convention sur l’exception alimentaire et la diversité agricole permettrait d’intégrer aux enjeux commerciaux ceux de sécurité alimentaire, de protection de la biodiversité et des agricultures locales. Pour répondre aux enjeux sociaux d’aujourd’hui, un rééquilibrage majeur s’impose à l’OMC. 

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 16 octobre 2019
Marcel Groleau, président général