L’année 2019 restera dans les annales pour plusieurs producteurs. Les raisons sont nombreuses : remise en question de l’usage des pesticides, conflit commercial entre les États-Unis et la Chine dans lequel le Canada a été entraîné, conditions météorologiques difficiles, crise climatique et gaz à effet de serre, grève récente au Canadien National et pénurie de propane, et pour terminer, invasion d’une ferme porcine par des extrémistes opposés à l’élevage. C’est le cas de le dire : pratiquer l’agriculture n’est pas un long fleuve tranquille. Nombre de producteurs ont vécu des déceptions, subi des pertes et ressenti la pression publique. Mais le temps étant ce qu’il est, le 31 décembre venu, nous avons tourné la dernière page du calendrier de l’année 2019.

Tous ces messages créent beaucoup d’inquiétude chez les producteurs et dans la population, voire du découragement et de la panique chez les plus jeunes. Quel sera l’avenir pour les générations suivantes?

Nous ne pouvons faire abstraction de ces enjeux. Ils sont réels et exigeront des changements dans nos pratiques. Cette nature que nous chérissons et avec laquelle nous travaillons est la seule que nous ayons. Le réchauffement climatique accéléré risque de mettre à mal plusieurs écosystèmes qui ont pris des millénaires à se construire partout sur la planète. Les efforts pour ralentir ce phénomène sont nombreux et les solutions existent. Il faut les mettre en œuvre et l’agriculture fera partie du panier de solutions.

Les attentes à l’égard du milieu sont élevées. La résilience des familles agricoles est mise à l’épreuve. Bien que nous soyons d’éternels optimistes, cela finit par peser lourd.

On sème en pensant aux bonnes récoltes à venir, on élève nos animaux avec l’idée que les prix vont se raffermir et on met le temps et les efforts nécessaires pour obtenir les meilleurs résultats. Nos espoirs sont grands et on ne baisse jamais les bras. Pour travailler avec la nature, il faut être fort, résilient, et surtout, rester humble.

Cette attitude devant l’adversité nous définit très bien. D’aussi loin que je me souvienne, mes parents éprouvaient de l’amour et du respect pour leur métier et le travail à la ferme. Malgré les embûches, ils avaient toujours bon espoir que des jours meilleurs étaient à venir.

Je croise chaque année au cours de mes nombreuses rencontres plusieurs productrices et producteurs agricoles et, chaque fois, je retrouve chez eux cette attitude, cette force tranquille, cette flamme dans les yeux. Les mains fortes, tendues avec sincérité et sans hésitation, des mots directs et forts pour s’exprimer.

L’agriculture sera toujours essentielle. Elle répond à un besoin vital : nourrir le monde. Les agriculteurs et agricultrices travaillent chaque jour pour produire de la nourriture. Tout ce qui se trouve dans nos supermarchés, nos marchés publics et, finalement, nos assiettes vient d’abord de la ferme, de la terre. Cette mission fondamentale est accomplie en toute conscience des attentes de la société, mais, malheureusement, le soutien pour l’adoption de meilleures pratiques est souvent insuffisant. Ce portrait illustre bien l’ampleur du défi qui est devant nous et le travail à poursuivre.

En ce début d’année, je salue donc très haut le travail et la résilience de tous les producteurs et productrices agricoles du Québec alors que tout change si vite. L’année qui s’amorce apportera elle aussi son lot de surprises, nous le savons. Mais je souhaite qu’elle soit à la hauteur de vos ambitions, de vos espoirs, des efforts consentis et que la population reconnaisse à sa juste valeur votre travail si important pour elle.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 8 janvier 2020
Marcel Groleau, président général