C’est le message lancé par Mary Robinson, présidente de la Fédération canadienne d’agriculture (FCA), lors d’une conférence de presse virtuelle tenue hier. Elle ajoutait : « Les producteurs agricoles doivent décider maintenant le plan de culture et de production pour les prochains mois. Les contraintes qu’ils rencontrent sont nombreuses et importantes. La disponibilité de la main-d’œuvre, la capacité de la chaîne de transformation, la durée de la crise et la reprise du marché HRI (hôtels, restaurants et institutions) sont autant d’inconnues avec lesquelles nous devons composer. Nous devons avoir un signal clair du gouvernement, maintenant, si on veut maintenir le niveau de la production agricole au Canada ».

Ce message sur l’importance de la chaîne d’approvisionnement alimentaire visait à attirer l’attention sur les réalités que vivent actuellement les productrices et les producteurs agricoles à travers le Canada. La crise aura des conséquences différentes selon les secteurs.

Nous le répétons depuis plusieurs années : les programmes de gestion des risques tels qu’ils sont paramétrés ne permettent pas de répondre aux impacts des crises que nous traversons.

Produire ou ne pas produire, telle est la question. Le secteur de la transformation alimentaire vit la même problématique et, en bout du compte, ce sont les consommateurs qui vont en subir les conséquences. L’aide gouvernementale pour assumer une partie des coûts reliés à l’isolation requise des travailleurs étrangers temporaires est un pas dans la bonne direction. Mais il faut faire beaucoup plus.

La crise engendre des coûts additionnels importants pour les producteurs. Je pense notamment à l’équipement de protection individuelle pour les travailleurs et à l’obligation de garder du bétail pendant une période prolongée à cause de la fermeture d’usines de transformation. L’incertitude et l’anxiété sont à ce point importantes que des milliers de producteurs envisagent actuellement de mettre fin à leurs opérations agricoles pour éviter une débâcle financière.

L’approvisionnement d’aliments produits chez nous est la seule source de nourriture sur laquelle nous pouvons réellement compter. Cette réalité est compromise, voire menacée, si nos gouvernements n’assurent pas la continuité des opérations agricoles au pays. C’est pourquoi la FCA demande au gouvernement canadien de créer un Fonds d’urgence accessible aux producteurs pour absorber les coûts additionnels engendrés par la crise. Des mesures de stimulation dans le cadre du programme Agri-investissement sont aussi requises, tout comme une hausse de la couverture du programme Agri-stabilité ainsi qu’un accès amélioré au capital. Les améliorations apportées récemment aux produits de Financement agricole Canada (FAC) et au Programme de paiements anticipés (PPA) sont positives, mais il faut aussi poser d’autres gestes pour venir en aide aux entreprises agricoles qui ont déjà des problèmes de liquidité.

Pour faciliter le recrutement d’employés dans le secteur agroalimentaire, une option serait de permettre aux gens qui touchent les prestations d’urgence ou d’assurance-emploi de conserver ces revenus, tout en occupant un emploi en agroalimentaire. On doit aussi prévoir une allocation de formation des travailleurs pour toutes les fermes et entreprises agroalimentaires au Canada qui embauchent des nouveaux employés.

Les agriculteurs sont, par définition, des gens travaillants et résilients. Mais ils ne peuvent assumer seuls les contrecoups de la crise sanitaire mondiale que nous traversons. L’agroalimentaire est responsable d’un emploi sur huit au Canada. Un secteur agroalimentaire fort au sortir de cette crise sera un atout important, tant au niveau social qu’économique.