Ces jours-ci, nous entendons et lisons plusieurs commentaires sur l’effet qu’aura sur nos sociétés la pandémie que nous traversons. Les chroniqueurs de tous les journaux et de toutes les radios y vont de leurs analyses sur les conséquences économiques et sociales de cette crise.

La mondialisation, l’ouverture des marchés et la facilité des déplacements sont remises en question. Sommes-nous allés trop loin? On constate soudainement que notre sécurité nationale repose sur le bon fonctionnement des marchés. On apprend qu’une portion importante de nos médicaments sont fabriqués en Chine. Qu’arrive-t-il si elle ne peut plus en produire, ce que nous avons craint au plus fort de la pandémie dans ce pays? Bien que ce ne soit qu’un exemple, il soulève des questions fondamentales. À bien des égards, nous ne contrôlons pas les leviers essentiels de notre sécurité nationale. Le grand changement qu’apportera peut-être cette crise est une prise de conscience que certaines de nos certitudes sont une illusion. On le voit, tout peut changer rapidement.

Depuis le début de cette crise, on répète qu’il n’y aura pas de rupture dans l’approvisionnement alimentaire. On rassure les gens, les étals des épiceries débordent de produits. Pourtant, la chaîne alimentaire est fragile. On ne doit jamais prendre pour acquise notre sécurité alimentaire.

Notre sécurité alimentaire dépend de la capacité de chaque maillon à jouer son rôle efficacement. La production agricole, les importations et les exportations, la transformation ainsi que la distribution sont toutes essentielles et irremplaçables.

Dans tous les pays ou presque, c’est ainsi. Cette filière fonctionne si bien qu’aujourd’hui, au Québec, se nourrir est presque banal, un geste anodin. On se soucie plus de ses vacances que de sa sécurité alimentaire. D’en être arrivé à ce point est un privilège énorme dans une société. Il y a à peine 100 ans, se nourrir était pour plusieurs la principale préoccupation de la journée, et ce, à chaque jour. On n’y pense pas, mais c’est encore le cas pour 25 % des habitants de cette planète
 

Cette semaine l’Organisation des Nations unies (ONU), l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont levé un drapeau rouge, indiquant qu’il y avait un risque réel de pénurie alimentaire. Cet avertissement n’est pas étranger au fait que les deux plus grands producteurs agricoles mondiaux, l’Europe et les États-Unis sont gravement frappés par la pandémie. La perspective d’une rareté de certaines denrées de base serait suffisante pour provoquer une augmentation importante des prix et des réactions imprévisibles de certains pays. Nous l’avons vu en 2008 avec les émeutes de la faim. Les plus affectés, encore, seront les populations de pays pauvres, incapables de faire face a l’augmentation des prix.

 

On s’inquiète aux États-Unis, en Europe et chez nous de la disponibilité des employés saisonniers qui œuvrent à la production agricole. La France a lancé un appel à la nation pour recruter 200 000 employés. Les travailleurs des usines de conditionnement et de transformation des aliments ne sont pas épargnés par le virus et la maladie. Tous les transformateurs alimentaires vous le diront : la production est ralentie par toutes les mesures à prendre pour protéger les travailleurs. Un abattoir important en Pennsylvanie, propriété du géant JBS, est arrêté pour une durée de 14 jours. Une importante usine de transformation de porcs est fermée depuis le 29 mars au Québec, et peut-être pour une période de 14 jours. Tous les déplacements, internationaux et intérieurs sont plus difficiles. Le transport des marchandises est aussi ralenti. Les risques que tout n’aille pas comme nous l’avions prévu sont réels.

 

Certains trouveront mes commentaires un peu alarmistes. Mais il n’y a pas de chance à prendre. Le secteur agroalimentaire doit être une priorité des gouvernements, comme c’estle cas pour le réseau de la santé en ces moments troubles. Le drapeau rouge levé par l’ONU, l’OMC et l’OMS doit être entendu par les États.