Depuis le début de la crise sanitaire mondiale, bien des commentateurs et des experts nous annoncent que le monde ne sera plus le même après la pandémie. Ce qui est certain, c’est que les enjeux sanitaires seront traités avec beaucoup plus d’attention, que la recherche pour améliorer la surveillance de l’éclosion de nouveaux virus sera accrue et qu’individuellement, nous aurons tous développé des réflexes d’autoprotection à l’égard des agents pathogènes qui nous entourent. Quand un vaccin sera disponible et qu’on se sentira à nouveau protégés, on cherchera sans doute à reprendre nos vies antérieures.

Il serait cependant dommage de revenir en arrière, notamment pour tout ce qui touche l’alimentation. De belles initiatives ont été lancées à la suite des messages de nos gouvernements demandant de favoriser l’achat local. L’Union des producteurs agricoles (UPA) fait la promotion de la consommation locale depuis des années. Jamais ce message n’a été aussi populaire. Beaucoup de gens parlent maintenant de souveraineté, de sécurité et d’autonomie alimentaires. Ce sont trois concepts interreliés, mais différents.

Le Canada est un pays souverain. La souveraineté alimentaire repose sur la capacité des États de déterminer leurs politiques en ce domaine. La sécurité alimentaire se mesure quant à elle à la disponibilité des aliments et, surtout, l’accès à ceux-ci. Au Canada et au Québec, il y a une abondance alimentaire. Pourtant, tous les citoyens ne sont pas en situation de sécurité alimentaire. L’accès aux aliments n’est pas assuré pour les gens à faible revenu. Les banques alimentaires voient leurs clientèles augmenter d’année en année. La faim dans le monde est d’abord un problème de revenu. Les gens bien nantis meurent rarement de faim.

L’autonomie alimentaire se résume quant à elle à notre degré d’indépendance alimentaire. En théorie, le Canada pourrait facilement être autonome à 100 % en matière d’alimentation.

Nous sommes un grand pays agricole et pas très populeux. Il y aurait moins de variété, mais tous pourraient manger. C’est un luxe que bien des pays n’ont pas. L’autonomie alimentaire repose aussi sur l’accès aux aliments locaux et à leur présence dans les réseaux de distribution alimentaire. Le réseau des hôtels, restaurants et institutions (HRI) et la vente au détail sont des marchés importants.

L’appel du premier ministre François Legault de favoriser la consommation locale est de la musique à nos oreilles. Pour y arriver, l’offre de produits du Québec doit augmenter sur tous les marchés et les politiques qui accompagneront ce mouvement devront viser tous les circuits. Les marchés de proximité représentent environ 5 % des achats, celui des HRI, plus de 30 % et la vente au détail, approximativement 65 %. Chacun de ces marchés a ses particularités et exige une stratégie propre.

Les investissements en agriculture génèrent plus d’emplois que dans tout autre secteur. Nous devons miser sur l’intérêt des consommateurs pour nos produits. Plus nous serons présents sur nos marchés, plus nous serons compétitifs sur les autres. Les exportations demeureront toujours importantes pour équilibrer notre balance commerciale, car, avec notre climat, nous devrons bien sûr continuer d’importer.

En résumé, si notre gouvernement souverain, par des politiques claires, exige des produits importés le respect des normes et des règles canadiennes, si des politiques sociales soutiennent adéquatement les gens à faibles revenus et si, par la proportion d’aliments québécois disponibles sur tous les marchés, nous augmentons la consommation de ceux-ci, nous serons alors tous en situation de sécurité alimentaire, et collectivement un peu plus autonomes à chaque année. Un projet de société urgent et stratégique, qui va nous permettre d’être beaucoup plus résilients face aux crises futures, quelles qu’elles soient.