S’alimenter est un besoin vital. Notre corps a besoin de glucides, de lipides et de protéines pour survivre. Cette quête alimentaire a été au cœur des grandes migrations des premiers humains. De la domestication de la nature est née l’agriculture, sans contredit la plus grande invention humaine. Nous sommes passés de nomades à sédentaires, d’où l’apparition des villages, des villes, du commerce, des échanges, des routes commerciales et des systèmes économiques et politiques. Sans l’agriculture et la sécurité alimentaire qu’elle procure, rien de tout cela n’existerait.

De tout temps, les États ont jalousement protégé et défendu leur sécurité alimentaire. Les États-Unis et l’Europe interviennent comme jamais pour soutenir leurs productions agricoles respectives, sans compter toutes les mesures non tarifaires utilisées pour protéger leurs marchés. La Chine investit massivement en Afrique pour accaparer des terres agricoles et assurer ses approvisionnements et sa sécurité alimentaire.

Les négociations pour libéraliser le commerce international se butent à l’inquiétude des pays à ouvrir davantage leur secteur agricole. L’Europe tente depuis des années de conclure une entente avec le Marché commun du Sud (MERCOSUR) et l’agriculture constitue la pierre d’achoppement. Le projet de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis est bloqué en raison de l’enjeu agricole. La liste d’exemples similaires est longue. De toutes les ententes négociées, de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) aux plus petits accords bilatéraux, l’agriculture est toujours le dernier sujet traité, car il est le plus sensible. Il est donc temps d’aborder les enjeux agricoles et alimentaires différemment.

D’autant plus que les promesses de l’OMC ne se sont pas réalisées. L’ouverture des marchés devait entraîner une baisse des subventions agricoles et du prix des aliments, ainsi qu’un raffermissement des revenus des producteurs. Les subventions à l’exportation ont été converties, mais le soutien global à l’agriculture a été maintenu, voire augmenté tant aux États-Unis qu’en Europe. L’inflation du prix des aliments dépasse celle des prix à la consommation année après année, sans pour autant que les agriculteurs à l’échelle de la planète n’aient amélioré leur condition. À preuve, le niveau de détresse de la classe agricole est plus élevé que celui de la population en général.

L’intérêt des citoyens pour l’alimentation et l’agriculture, en lien avec leurs préoccupations pour la protection de la biodiversité et les conséquences des changements climatiques, est plus que jamais présent. C’est un argument supplémentaire qui doit nous faire converger vers un traitement différent de ces enjeux. La simple ouverture des marchés et la libéralisation du commerce ne répondent pas aux attentes des citoyens.

En 2015, l’UPA a réuni les fonds nécessaires au financement d’une Chaire de recherche en droit sur la diversité et la sécurité alimentaires, dont Geneviève Parent est la professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université Laval à Québec. La Chaire est à l’origine d’un projet de convention sur l’exception agricole et alimentaire qui, de réflexion en réflexion, chemine graduellement vers une convention sur l’alimentation durable.

Une telle convention mise et protège d’abord l’autonomie alimentaire de chaque pays. Elle favorise la santé des citoyens par des aliments sains et protège l’environnement par une cohabitation judicieuse entre les milieux naturels et l’agriculture. Elle impose des normes environnementales et sociales minimales aux produits alimentaires importés, pour une compétition plus équitable, et assure un niveau de vie adéquat aux agriculteurs et aux agricultrices qui assurent la sécurité alimentaire de leurs concitoyens.

Il y a 20 ans, un projet comme celui-là aurait été impensable. Aujourd’hui, les astres s’alignent et la population, surtout les jeunes, s’implique. Il est temps d’aborder les principaux enjeux globalement. C’est une responsabilité collective de haut niveau.