Les programmes de gestion des risques en agriculture ont passablement changé depuis 2009 au Québec. Des modifications substantielles ont été apportées au Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA). Certains secteurs de production ont même cessé d’y adhérer. C’est le cas du maïs, du soya, des pommes et des pommes de terre. Ces productions sont maintenant couvertes par les programmes Agri-Québec et Agri-Québec Plus. Toutes ces entreprises doivent gérer, individuellement, un niveau de risque plus élevé.

En plus de nous conformer à des exigences environnementales parmi les plus sévères au monde, nous produisons dans un climat plus froid qu’ailleurs et faisons face à des conditions météorologiques de plus en plus capricieuses. Les marges bénéficiaires sont minces et les producteurs doivent faire des choix stratégiques pour œuvrer dans ces conditions. Les prix du marché et la commercialisation des produits deviennent déterminants. Il faut cibler les marchés qui offrent les meilleurs retours en fonction des exigences qui leur sont associées. On voit donc dans tous les secteurs une diversification de l’offre pour profiter au maximum des opportunités.

Il y a quelques années à peine, il y avait un surplus de pommes de terre sur le marché nord-américain. Un programme volontaire de réduction de la production avait même été mis en place aux États-Unis. Les choses ont bien changé. La demande est croissante pour les pommes de terre de table, que l’on retrouve maintenant dans une multitude de variétés et de formats, ainsi que pour les croustilles. Les consommateurs, de plus en plus soucieux de s’approvisionner localement et à l’année, ont cette possibilité avec les pommes de terre. Cela offre de nouvelles perspectives.

Du côté de la production, c’est plus difficile. Dans les Maritimes, la sécheresse a eu un impact important sur les cultures. La production se maintient au Québec, mais les producteurs ont dû irriguer pour obtenir des rendements, augmentant donc les coûts, après avoir investi des sommes énormes pour installer des systèmes d’irrigation. Du côté américain, on a également vu une légère réduction. De façon générale, les prix sont en hausse, mais nous avons malheureusement connu, ces dernières années, des pertes à la récolte qui nous ont empêchés de profiter pleinement de cette situation plutôt favorable. Certes, les programmes de gestion des risques aident quelque peu à pallier ces difficultés, mais ils ne couvrent qu’une faible proportion des pertes subies par les producteurs.

En raison des coûts des équipements et de la nécessité d’irriguer, il est plus difficile d’augmenter les superficies en culture ou de convaincre de nouveaux producteurs de se lancer dans la production. Il y a aussi des alternatives pour les producteurs qui hésitent soit à investir pour renouveler leurs équipements, soit à installer des systèmes d’irrigation. La production de céréales ou de légumes de transformation exige souvent moins d’investissements et offre des opportunités intéressantes. Les prix du maïs et du soya sont à des niveaux record actuellement. C’est bien sûr circonstanciel, mais les prix de ces denrées sont quand même plus stables ces dernières années.

Les producteurs de pommes de terre de croustilles qui approvisionnent Yum Yum livrent selon la convention 2019. Après des mois de négociation et de médiation, la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec devra arbitrer leurs différends, qui reposent essentiellement sur le prix de 2020. Les relations sont difficiles avec Yum Yum et affectent l’ensemble de l’est du Canada, alors que la filière cherche à solidifier ses relations commerciales et à travailler solidairement avec les transformateurs de manière à apporter une rentabilité pour les deux parties.

Les conventions 2016 et 2017 avaient aussi dû être arbitrées. Cette fois-ci, la situation est différente. Le marché des pommes de terre est en pleine évolution. D’ailleurs, les autres acheteurs du secteur ont reconnu ces conditions de marché plus favorables en s’entendant avec eux sur des hausses de prix, lesquelles pallient entre autres les difficultés rencontrées par les producteurs.

Pour son propre avenir, Yum Yum doit payer un prix qui s’apparente à celui des marchés actuels et qui assurera aux producteurs-fournisseurs la rentabilité de ce marché.

Il fut un temps où les marchés d’opportunités permettaient aux acheteurs de s’approvisionner en partie et de jouer les producteurs les uns contre les autres. Ce temps est révolu. Une bonne entente est toujours profitable et permet de construire l’avenir sur des bases solides.