Le prix des grains s’est emballé au cours des derniers mois, ce que peu d’analystes avaient prévu. Cette flambée des prix s’expliquerait, selon les experts, par les achats de grains de la Chine, qui ont battu des records en 2020.

La hausse serait due à la reconstruction du cheptel porcin chinois, décimé à la suite de l’épidémie de peste porcine africaine qui a frappé ce pays, combinée à une année de mauvaises récoltes en Chine, causées par de mauvaises conditions météorologiques. Avec 1,4 milliard d’habitants à nourrir, et dans un contexte de pandémie et d’incertitude, la Chine a sans doute estimé judicieux de reconstruire ses stocks.

Les aléas climatiques ont aussi frappé durement le Midwest américain en août dernier. Une partie importante des récoltes de maïs a été détruite par une tempête sans précédent.

Cette augmentation des prix ne fait pas que des heureux. Certains pays commencent à craindre les conséquences pour leur sécurité alimentaire et des restrictions aux exportations de grains sont envisagées.

Des pays exportateurs, dont la Russie, l’Ukraine et l’Argentine, ont annoncé de telles restrictions pour les exportations de céréales, sous la forme de taxes à l’exportation ou de quotas, afin d’assurer leur approvisionnement intérieur et de maintenir les prix plus bas.
La Russie a d’ailleurs annoncé qu’elle appliquerait une nouvelle taxe permanente à l’exportation à partir de juin prochain. Cette taxe représentera 70 % de la différence entre le prix à l’exportation et 200 $US la tonne. Donc, si le prix à l’exportation est de 300 $, cela équivaudrait à une taxe de 70 $.

À eux seuls, les trois pays mentionnés représentent plus de 27 % des exportations mondiales de blé et plus de 28 % des exportations d’orge en 2019. Ce sont des joueurs importants sur ces marchés et les pays qui avaient l’habitude de s’y approvisionner devront se tourner vers d’autres fournisseurs ou d’autres céréales.

Cette augmentation du prix des grains aura un impact sur le prix des aliments et affectera encore une fois les plus pauvres. Les céréales sont à la base de l’alimentation humaine sur tous les continents. Chez nous, l’impact se fait déjà sentir sur les élevages bovins et porcins, entre autres, qui voient les coûts de production augmenter rapidement.

En 2008, la forte hausse du prix des denrées alimentaires de base, plus particulièrement du blé, du riz, du soya et du maïs, avait entraîné des manifestations (émeutes de la faim) dans plusieurs pays. À l’époque, cela coïncidait avec l’effondrement des bourses et la spéculation sur le cours des céréales. Cette fois-ci, la faiblesse des stocks mondiaux serait la cause, quoique cela est difficile à vérifier puisque cette évaluation des stocks est basée sur des estimations, plusieurs pays ne publiant pas de données précises.

L’alimentation mondiale s’est appuyée pendant de nombreuses années sur le bas prix des céréales. Ce temps est peut-être révolu. Les prix actuels sont plus près des réels coûts de production. Les conditions météorologiques capricieuses qu’entraînent les changements climatiques risquent d’affecter de plus en plus les productions de céréales, de légumineuses, de fruits et de légumes, alors que l’on assiste à une augmentation mondiale de la demande pour ces denrées.

Le système alimentaire mondial est fragile. Il ne faudrait pas de grande catastrophe pour le mettre à mal. Peu d’entre nous croyaient possible une pandémie comme celle que nous vivons. Le commerce des denrées alimentaires ne permettra pas à lui seul de résoudre ces enjeux et de répondre aux défis de sécurité alimentaire que nous devrons relever, à la lumière des changements climatiques et de l’augmentation de la population. Nous l’avons vu en 2008 et la situation est en voie de se répéter.

Le temps est venu de traiter l’agriculture et l’alimentation de façon exceptionnelle et de prioriser l’environnement, la santé des sols et celle de nos populations par une saine alimentation et l’accès aux aliments. Cet objectif sera atteint par l’adoption et l’adhésion aux principes d’une convention internationale pour une alimentation durable. N’attendons pas une crise alimentaire mondiale pour agir.