Le budget 2021-2022 du gouvernement canadien était très attendu. Nous traversons une période inédite dans l’histoire contemporaine. Pour la plupart d’entre nous, il semblait peu probable de vivre une pandémie d’une telle ampleur à l’échelle mondiale. Les avancées de la science, les nombreux médicaments disponibles, la vaccination, les mesures d’hygiène et la veille mondiale des pathogènes qui peuvent affecter les humains ou les cheptels paraissaient suffisants pour nous protéger. Nous étions dans l’erreur et il faudra encore plusieurs mois avant que nos vies ne redeviennent ce qu’elles étaient.

Tous les gouvernements occidentaux ont dépensé des centaines de milliards de dollars pour maintenir le revenu des citoyens les plus touchés, pour permettre aux entreprises de poursuivre leurs activités et pour soutenir l’économie en général. Il fallait à tout prix éviter qu’une crise économique s’ajoute à la crise sanitaire sans précédent que nous vivons. Le revenu moyen des ménages et l’épargne des individus ont même augmenté en 2020. Les bourses ont battu des records à plusieurs reprises. On redoute une surchauffe de l’économie et avec elle, l’inflation. La construction roule à fond et le prix des matériaux explose. Un proverbe de chez nous dit : « trop, c’est comme pas assez ».

L’annonce du président Biden, avec son plan de relance de 1 900 milliards $ US accompagné d’un plan tout aussi ambitieux pour soutenir les infrastructures, a en quelque sorte placé la barre pour le Canada. Le budget de la ministre Chrystia Freeland s’inspire largement des mesures annoncées aux États-Unis. Les dépenses dans ce budget sont maintenues à des niveaux records, avec un plan de relance de 101 G$ sur trois ans. Comme tout le monde s’y attendait, les déficits prévus sont étourdissants, la crise sanitaire ayant fait chuter les revenus et augmenter les dépenses du gouvernement. Le déficit 2020-2021 (354 G$) est le plus élevé, en pourcentage du PIB, depuis la Seconde Guerre mondiale. Celui de 2021-2022 (154,7 G$) est quant à lui le plus important depuis la récession du début des années 1980.

Dans son budget, la ministre décrit l’agriculture comme l’un des piliers fondamentaux de la « nouvelle économie résiliente et durable » du Canada. Cet énoncé n’est toutefois pas accompagné de mesures concrètes destinées au secteur agricole. C’est très décevant. Le gouvernement remplit toutefois ses obligations auprès des transformateurs alimentaires, en marge de l’Accord économique et commercial global et du Partenariat transpacifique global et progressiste. Mais aucun engagement pour le moment sur les compensations en marge de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique.

Le budget reconduit aussi le programme pour aider les producteurs qui emploient des travailleurs étrangers à couvrir une partie des coûts de la période d’isolement obligatoire. Le montant de 1 500 $ sera toutefois diminué à 750 $ après le 15 juin prochain, jusqu’à la clôture du programme le 31 août. Cette décision est vraiment incompréhensible.

Le budget prévoit aussi des montants additionnels pour améliorer le déploiement d’Internet haute vitesse dans les régions, ainsi que des programmes d’action pour le climat destinés aux agriculteurs. Ces mesures avaient toutefois été confirmées précédemment et ne représentent pas de nouveaux fonds.

Nous avions bon espoir que la ministre Freeland corrige les mesures fiscales qui pénalisent les transferts de fermes intergénérationnelles. D’autant plus que le gouvernement fédéral a récemment appuyé le projet de loi C-208, qui rectifie cette iniquité. Je comprends très bien la déception de la Fédération de la relève agricole du Québec.

En conclusion, rien de concret pour le secteur agricole dans ce budget, malgré les milliards annoncés pour soutenir l’économie, et une occasion stratégique manquée de placer l’agriculture au cœur de la résilience alimentaire du Canada.