Les sondeurs ont vu juste et l’élection d’un gouvernement libéral minoritaire n’a surpris personne. Mais au-delà du résultat, félicitons d’entrée de jeu l’ensemble des 338 candidat(e)s élu(e)s le 20 septembre dernier. Des félicitations particulières à Mme Marie-Claude Bibeau, ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, réélue dans sa circonscription de Compton—Stanstead. J’espère que nous pourrons poursuivre le travail amorcé dans plusieurs dossiers, particulièrement celui du prochain Partenariat canadien pour l’agriculture. Félicitations également à messieurs Richard Lehoux (Beauce) et Yves Perron (Berthier-Maskinongé), tous les deux réélus. Ces derniers ont joué un rôle important en agriculture au cours de la législature précédente.

Cette campagne électorale, même si les résultats étaient prévisibles, nous a tout de même permis certains constats sur lesquels les partis politiques devront réfléchir, notamment la fracture entre les Prairies et le reste du Canada ainsi qu’entre les métropoles et les régions du pays. Sera-t-il encore possible pour les formations politiques existantes de réconcilier les positions des uns et des autres et, éventuellement, d’obtenir une majorité au Parlement?

Une autre fracture dont on parle moins continue de s’accentuer : la concentration de la richesse et l’écart grandissant entre les mieux nantis et le reste de la population. Plusieurs ont souligné que les 502 M$ nécessaires à cet exercice électoral (18,35 $ pour chaque électeur inscrit) auraient pu être utilisés à meilleur escient. Rappelons simplement que près d’un ménage sur dix vit en situation d’insécurité alimentaire au pays et que les enfants représentent 34 % des utilisateurs des banques alimentaires, même s’ils ne représentent que 19 % de la population.

L’élection d’un cinquième gouvernement minoritaire au cours des sept derniers scrutins est une indication claire qu’un même parti politique ne réussit plus à rallier une majorité d’électeurs. L’idée de revoir le mode de scrutin va réapparaître. Mais avant d’aller dans cette direction, ne serait-il pas possible de se donner des procédures pour faire fonctionner un gouvernement minoritaire? Les citoyens s’attendent à moins de partisanerie et à un peu plus de collaboration. Je crois que les stratèges de chaque formation politique devraient prendre une pause et laisser les députés travailler.

Maintenant que l’élection est derrière nous, le nouveau gouvernement fera face à plusieurs choix difficiles, à commencer par le retour éventuel à l’équilibre budgétaire. Rappelons que la crise sanitaire a fait chuter les revenus et augmenter les dépenses du gouvernement. Le déficit 2020-2021 (354 G$) est le plus élevé, en pourcentage du PIB, depuis la Seconde Guerre mondiale. Celui de 2021-2022 (154,7 G$) est quant à lui le plus important depuis la récession du début des années 1980.

La lutte aux changements climatiques commande aussi des gestes concrets. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), rendu public en août dernier, était sans équivoque : à moins de réduire immédiatement, rapidement et massivement les émissions de gaz à effet de serre, les conséquences du réchauffement pourraient être irréversibles. Des décisions importantes, voire impopulaires, devront être prises.

Le nouveau gouvernement doit aussi faire mieux pour le secteur agricole et forestier. Pendant la campagne, nous avons mis de l’avant cinq enjeux déterminants qui ne nécessitent pas toujours des dépenses supplémentaires. Plusieurs de nos attentes concernent la réglementation et l’allègement de la bureaucratie. Nous demandons au gouvernement canadien d’être compétitif au regard de la gestion des risques en agriculture. Le virage agroenvironnemental doit quant à lui continuer et le Canada doit investir davantage, d’autant plus que cette demande du secteur agricole est partagée par les citoyens.

Je me permets de croire que ce gouvernement minoritaire établira un nouveau record de longévité et de collaboration. Il en va de l’intérêt de tous. L’Union est impatiente de reprendre les travaux et de collaborer avec le gouvernement et les parlementaires à l’avancement des dossiers chers aux producteurs et productrices agricoles du Québec et du Canada.