Depuis quelques mois, nous connaissons à nouveau des problèmes avec le Programme des travailleurs étrangers temporaires (TET). Selon les informations obtenues, des modifications informatiques sont à l’origine des délais observés depuis le mois d’août pour obtenir de Service Canada un numéro d’étude d’impact sur le marché du travail. Ce document est requis de chaque employeur pour que ses employés étrangers obtiennent leur permis de travail d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Tout ce processus prend environ 20 semaines et doit être répété chaque année.

Nous demandons depuis des années, y compris durant la dernière campagne électorale, que ce processus soit allégé. Il est devenu inutile compte tenu du très faible taux de chômage et de la pénurie chronique de main-d’œuvre qui affecte tous les secteurs d’activité. Et c’est sans compter les coûts qu’entraîne ce long processus pour les entreprises agricoles qui font appel à cette précieuse main-d’œuvre.

Depuis le mois d’août, donc, des retards s’accumulent et des employés étrangers dont la venue était prévue en novembre et décembre n’arriveront probablement pas à temps. On voit venir le mur pour janvier et février, alors que le nombre d’employés attendus augmente. L’UPA, la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole et l’Association des producteurs maraîchers du Québec ont multiplié les échanges avec Service Canada et proposé des solutions pour pallier les problèmes informatiques et leurs conséquences pour les employeurs. Nos solutions sont probablement trop simples!

Ces problèmes informatiques sont apparus juste avant le déclenchement de la campagne électorale. Au moment d’écrire ces lignes, le nouveau conseil des ministres n’a pas encore été dévoilé. J’ai quand même eu des discussions avec la ministre Marie-Claude Bibeau étant donné l’urgence de la situation. Service Canada a assuré Mme Bibeau que la situation informatique devrait rentrer dans l’ordre dès le lundi 25 octobre. Les retards seraient corrigés par des heures supplémentaires des employés affectés et les dossiers agricoles seraient traités en priorité, alors que les demandes à Service Canada pour des travailleurs étrangers provenant d’autres secteurs ont beaucoup augmenté.

L’accès aux TET pour le secteur agricole, au Québec et ailleurs au Canada, doit absolument être traité prioritairement. Il s’agit même d’une question de sécurité alimentaire. Ils sont devenus essentiels dans tous les secteurs de production et dans toutes les régions.

L’accès à ces travailleurs a connu des difficultés en 2020 en raison de la crise sanitaire, de la fermeture des frontières et des ratés administratifs à l’étranger. En 2021, c’est le système de dépistage défaillant du gouvernement canadien qui a donné des maux de tête aux producteurs. Tout le monde se rappelle les nombreuses manchettes à propos de récoltes entières laissées au champ, faute de travailleurs pour les récolter. Je ne demande qu’à faire confiance à Mme Bibeau. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’elle est appelée à intervenir dans ce dossier. Elle connaît bien les enjeux.

Il y a actuellement une consultation sur les conditions d’hébergement des travailleurs étrangers. De nouvelles exigences à ce sujet sont donc à prévoir dans les années à venir. Mais ne devrait-on pas aussi entreprendre une véritable consultation pour adapter le programme des TET à la pénurie de main-d’œuvre actuelle? On pourrait facilement en réduire les coûts pour les employeurs, raccourcir les délais pour obtenir les services d’un travailleur et, en plus, diminuer les frais de traitement par les ministères concernés. Comme on dit, ce serait gagnant-gagnant.