Les conflits de travail dans le secteur de l’abattage que nous avons connus cette année ont fait couler beaucoup d’encre. Que ce soit dans le domaine du poulet ou du porc, ces conflits ont mis en évidence le phénomène de la concentration des activités dans l’abattage au Québec.

 

Dans le secteur du poulet, Exceldor et Olymel détiennent conjointement plus de 90 % des activités. Dans celui du porc, Olymel possède 80 % des activités à la suite d’une série d’affiliations et d’acquisitions. Aujourd’hui, le sort des éleveurs porcins et avicoles dépend des décisions prises par ces entreprises. Dans les faits, elles n’ont plus de compétiteurs sur le marché québécois. On comprend alors mieux l’importance de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche et des conventions de mise en marché, qui permet aux producteurs de négocier collectivement les prix et conditions de commercialisation. Ce phénomène de concentration doit impérativement être pris en compte par la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec.

 

Cette semaine, Olymel a annoncé qu’elle allait réduire de 15 000 porcs ses achats en provenance des Éleveurs de porcs du Québec. Cela arrive au moment où ces derniers subissent encore les effets de la grève à l’usine de Vallée-Jonction et des porcs en attente dans les élevages. Le nombre de porcs en attente est en effet le même lors de cette récente annonce que celui à la fin de la grève, environ deux mois plus tôt. Olymel n’est pas en mesure de reprendre le dessus et prend, de surcroît, une décision affectant de façon importante les Éleveurs.

 

Après avoir acheté la concurrence à coût de centaines de millions, Olymel est donc en train de réduire les capacités de développement de ce secteur, qui compte parmi les fleurons de l’agriculture du Québec, tant chez nous que sur la scène internationale.

 

Les Éleveurs ont investi des sommes énormes ces dernières années pour adapter leurs sites de production aux normes de bien-être animal. Ils ont investi en recherche et développement pour réduire les résidus de phosphore dans les lisiers ainsi que les inconvénients causés par l’épandage. Malgré toute la pression populaire, ils ont tenu bon et traversé les crises les unes après les autres pour offrir un produit dont la qualité et le faible impact écologique sont reconnus mondialement.

 

Malgré tous ces efforts, ils sont confrontés à un acheteur québécois qui, après avoir pris le contrôle de la transformation, ne semble pas en mesure d’assurer l’avenir de ce secteur. Olymel maintient malgré tout une partie de ses achats en Ontario alors que les Éleveurs gèrent des porcs en attente dans les parcs d’engraissement. C’est inacceptable. Devant la pénurie de main-d’œuvre, Olymel, d’un point de vue moral et éthique, devrait privilégier les éleveurs québécois.

 

C’est donc très inquiétant pour les Éleveurs et tous les intervenants qui gravitent autour de ce secteur. Plus que jamais, le gouvernement du Québec doit s’impliquer pour trouver des solutions. La pénurie de main-d’œuvre est plus grave au Québec que dans les autres provinces et plus sévère dans nos régions que dans les milieux urbains. La seule solution à court terme est l’immigration et l’accès à des travailleurs étrangers saisonniers ou temporaires. À défaut d’utiliser ces moyens, nous assisterons inévitablement à une contraction de l’économie du Québec qui va d’abord frapper nos régions, et à une délocalisation des investissements.

 

Nous avons l’expérience, en région, des travailleurs mexicains et des autres pays d’Amérique centrale. Étant de culture latine, ils ont de la facilité à apprendre le français et à s’intégrer dans la société. De plus, la nécessité d’apprendre le français est primordiale pour fonctionner en région, ce qui favorise leur intégration. En quelques semaines, les enfants deviennent fonctionnels en français. Cela devrait être pris en considération dans les politiques d’immigration du Québec.

 

Les problèmes du secteur porcin illustrent deux phénomènes. D’une part, la concentration n’est ni une solution ni une garantie de succès. D’autre part, sans un accès à plus de travailleurs étrangers, la contraction économique dans nos régions est inévitable. Il faut agir et ça presse.