Dans son discours sur le budget 2022-2023, le ministre des Finances, Eric Girard, a indiqué que le Québec connaissait une reprise économique « très solide » et que le déficit structurel était passé de 6,5 à 2,8 G$. Il disposait donc d’une marge de manœuvre intéressante pour combler plusieurs besoins. La décision de transmettre à 6,4 millions de citoyens un chèque de 500 $, au coût de 3,2 G$, a bien évidemment réduit grandement les possibilités.

On trouve toutefois un certain nombre de mesures agricoles intéressantes dans ce budget. Je fais notamment référence aux 627 M$ sur cinq ans pour « poursuivre l’essor du secteur bioalimentaire », dévolus à la poursuite d’initiatives dans le cadre de la Politique bioalimentaire (562 M$ sur trois ans), à des mesures pour atténuer la rareté de main-d’œuvre (15 M$ sur cinq ans) et à la bonification du Programme Investissement Croissance (50 M$ sur deux ans) de la Financière agricole du Québec. D’autres initiatives, comme hausser la capitalisation de Capital Financière agricole (10 M$), sécuriser les approvisionnements en propane (3 M$), bonifier la rétribution des pratiques agroenvironnementales (29 M$ sur cinq ans), venir en aide aux producteurs en zone littorale (5,8 M$ sur cinq ans), compenser les dommages causés par les véhicules tout-terrain et les motoneiges (5 M$ sur cinq ans) et bonifier l’aide financière octroyée au Pôle d’expertise du lac Saint-Pierre (1 M$), seront bien accueillies.

Bien entendu, la majeure partie de ces sommes ont fait l’objet d’annonces ces dernières années. Il s’agit de dépenses étalées dans le temps qui doivent être officialisées annuellement dans le budget. À témoin, sur les 627 M$ sur cinq ans, on peut véritablement parler d’environ 59 M$ en argent neuf. Mais il reste que l’aide consentie remplira bel et bien un besoin. Et ce besoin est grand.

Lors des consultations prébudgétaires, nous avons réitéré que les agriculteurs de chez nous ont besoin d’un soutien indéfectible, comparable à leurs principaux compétiteurs internationaux. Or, le soutien actuel au secteur agricole ne permet pas un développement optimal. Ces dix dernières années, les transferts budgétaires ont globalement diminué. Pour permettre de réussir le virage écologique souhaité par tous, le gouvernement québécois doit en faire plus et porter à 100 M$ par année, pour une période de 10 ans, l’aide directe aux initiatives agroenvironnementales. Réglementer a ses limites et ne permet pas aux producteurs de contribuer à l’autonomie alimentaire. Il faut aussi soutenir.

Les programmes de gestion des risques, notamment l’assurance stabilisation et les programmes AGRI, doivent aussi être bonifiés et actualisés. C’est une demande de très longue date qui tarde à être comblée et qui plombe l’agriculture de chez nous. La relève a aussi des besoins particuliers et il faut y voir rapidement.

Ce soutien moindre, jumelé à la conjoncture actuelle, génère beaucoup d’incertitude. La volatilité sur les marchés, les bris dans la chaîne d’approvisionnement, l’accès plus difficile et coûteux aux intrants, la hausse des coûts de production et l’inflation ajoutent aux difficultés du secteur agricole québécois. Compte tenu de son caractère stratégique, au regard notamment de l’apport économique, de la sécurité alimentaire et des attentes des citoyens, une partie des fonds mis de côté par le ministre des Finances pour pallier les soubresauts de l’économie devra être au rendez-vous.