Les images de la guerre en Ukraine sont d’une tristesse infinie et nos pensées accompagnent la population de ce pays. D’autant plus que les civils sont les premières victimes des conflits armés dans le monde et que l’affrontement actuel ne fait pas exception.

Plusieurs producteurs de chez nous se demandent comment venir en aide au peuple ukrainien. Leur solidarité peut s’exprimer en appuyant des organismes reconnus et certifiés comme la Croix rouge canadienne, CARE, UNICEF Canada ou le fonds humanitaire ukrainien des Nations unies. Toute l’information est disponible sur la page Facebook de l’Union des producteurs agricoles.

Pour les agriculteurs de l’Ukraine, qui occupent près de 70 % du territoire (41,3 millions d’hectares), l’avenir s’avère plus sombre que jamais. Vaquer à ses occupations quotidiennes, alors que des blindés russes sillonnent les campagnes et que l’issue du conflit est incertaine, est une expérience presque inimaginable pour nous. C’est pourtant leur quotidien.

Sachant que les céréales sont à la base de l’alimentation, l’importance de la Russie et de l’Ukraine sur l’échiquier agroalimentaire mondial assure des répercussions majeures sur l’agriculture et l’alimentation partout sur la planète. Ces deux pays représentent 29 % des exportations mondiales de blé, selon les données du département américain de l’Agriculture (USDA). Le drapeau ukrainien, avec sa bande bleue et sa bande jaune, symbolise d’ailleurs le ciel et des champs tapissés de blé. L’Ukraine est aussi l’un des principaux exportateurs mondiaux de maïs, d’orge et de plusieurs autres céréales.

L’interruption de la production et des exportations, jumelée à des récoltes moindres qu’à l’habitude dans plusieurs pays de l’hémisphère sud, un marché déjà inflationniste et une demande mondiale croissante, a une incidence directe sur la valeur de ces denrées. Elle atteint ces jours-ci des sommets inégalés depuis la crise alimentaire de 2008. Le prix du panier d’épicerie, qui a déjà bondi depuis le début de la pandémie, continuera donc d’augmenter. Le Programme alimentaire mondial, une agence de l’Organisation des Nations unies basée à Rome, affirme d’ailleurs que la sécurité alimentaire de millions de personnes est compromise, plus particulièrement celles vivant dans des pays où l’inflation est déjà particulièrement élevée. D’autres agences d’aide internationale craignent une remontée des tensions en Afrique et au Moyen-Orient.

Divers intervenants voient positivement l’augmentation du prix des céréales. Certains analystes prévoient une production canadienne accrue de blé, au détriment de cultures comme l’avoine et les légumineuses. À plus long terme, d’autres croient que plusieurs pays tourneront le dos aux céréales russes et ukrainiennes et chercheront des partenaires commerciaux plus sûrs, stables et prévisibles. Une occasion en or pour « des pays riches en ressources » comme le Canada de « remplacer » la Russie sur les marchés mondiaux, indiquait récemment la Banque Nationale du Canada.

Demeurons toutefois prudents quant aux perspectives. Pour des raisons évidentes, l’augmentation du prix des céréales aura des répercussions sur le secteur de l’élevage. L’incertitude créée par cette guerre cause également une volatilité extrême sur les marchés, à des niveaux jamais vus depuis plusieurs décennies. Par ailleurs, la hausse est aussi accompagnée d’une augmentation fulgurante du prix de l’essence en raison, notamment, de l’embargo sur les importations de pétrole russe aux États-Unis. L’impact sur les coûts de production, tout comme sur le prix et la disponibilité de plusieurs intrants (engrais, fertilisants, etc.), sera assurément important.

La ministre canadienne de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau, s’est dite ouverte à une aide pour les agriculteurs canadiens affectés par le conflit. Cette ouverture est une bonne nouvelle, car ce sera le cas pour la très grande majorité des producteurs au pays.