Après deux ans de confinement, le long congé de Pâques sera propice aux réunions familiales et aux célébrations de toute nature. Le coût de la vie, les loyers, l’essence et le prix du panier d’épicerie s’inviteront certainement dans plusieurs conversations.

En mars dernier, Statistique Canada (StatCan) nous apprenait que les prix à la consommation au Canada avaient augmenté de 5,7 % de février 2021 à 2022. Il s’agissait de la plus forte hausse depuis août 1991. Du côté de l’épicerie, il s’agissait de la hausse annuelle la plus marquée depuis mai 2009. Les statistiques de mars 2022, bientôt disponibles, confirmeront certainement cette tendance.

Aux États-Unis, la hausse annuelle des prix à la consommation (+ 8,5 %) a atteint en mars son plus haut niveau depuis plus de 16 ans. Le prix de l’essence, à lui seul, a grimpé de 48 % en 12 mois. Le prix du panier d’épicerie a quant à lui bondi de 10 %. Le plus récent indice des prix des produits alimentaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) abonde dans le même sens. L’indice affiche une hausse de 12,6 % depuis février, mois au cours duquel il avait déjà atteint son plus haut niveau depuis sa création en 1990. Le spectre d’une crise alimentaire mondiale de l’ampleur de celle de 2008 est bien présent.

Ces statistiques ne laissent personne indifférent. Les consommateurs doivent toutefois garder en tête que les agriculteurs québécois ne profitent pas de cette flambée des prix. Ces derniers ne sont pas à l’abri de l’inflation et sont confrontés à des coûts de production toujours plus élevés, à une pénurie de main-d’œuvre chronique qui s’éternise, à l’augmentation du prix de plusieurs intrants, aux bris de plus en plus fréquents dans les diverses chaînes d’approvisionnement et à l’incontournable volatilité des prix. À tous ces éléments s’ajoutent les aléas commerciaux propres à chaque secteur de production. L’entente temporaire avec Olymel (réduction de 40 $ par 100 kg sur le prix du porc) pour éviter une autre réduction d’achats de porcs québécois démontre clairement à quel point les risques sont grands et l’incertitude pèse lourd dans plusieurs secteurs.

L’évolution du revenu agricole net démontre bien que les aliments sont plus dispendieux parce qu’ils coûtent généralement plus cher à produire. Les recettes monétaires, tous secteurs agricoles confondus, ont augmenté de 17 % au Québec de 2016 à 2020 inclusivement. Le revenu net total a quant à lui diminué de 1,8 % pendant la même période. L’engouement pour l’achat local ces dernières années, plus particulièrement depuis la pandémie, a certainement un effet positif sur les ventes. Mais la marge bénéficiaire des entreprises ne suit clairement pas la même courbe.

Les autres joueurs de la chaîne bioalimentaire sont aussi confrontés à des enjeux de même nature, mais continuent d’accaparer une part beaucoup plus importante du dollar alimentaire. Il n’existe malheureusement pas d’analyses approfondies sur le sujet au Canada. Mais les États-Unis ont déterminé que la part des producteurs était, en moyenne, de 16 cents pour chaque dollar dépensé par les consommateurs. Cette statistique varie selon le produit et diminue à mesure que sa transformation augmente. Mais elle est certainement représentative de la situation au Québec et au Canada.

Les discussions autour de l’inflation, en général, et du coût du panier d’épicerie, en particulier, sont compréhensibles dans la mesure où les aliments touchent directement le quotidien (et le portefeuille) des gens. Mais au bout du compte, les agriculteurs subissent l’inflation plus qu’ils n’en bénéficient. L’agriculture est à la base de notre système alimentaire. Elle est une richesse pour le Québec, et c’est en assurant sa pérennité qu’elle continuera d’intéresser les jeunes de la relève et de nourrir les Québécois d’aujourd’hui et de demain.