Le 10 juin dernier, j’ai eu l’occasion de présenter les priorités de l’Union des producteurs agricoles (UPA) aux délégués des Éleveurs de porcs du Québec dans le cadre de leur assemblée générale annuelle (AGA).

La viande porcine constitue le principal produit d’exportation bioalimentaire du Québec sur les marchés internationaux. La valeur des exportations s’est établie à 1,9 G$ en 2021, soit l’équivalent de 18 % de ses exportations bioalimentaires internationales totales (10,2 G$). Les 1 530 entreprises porcines du Québec sont donc à l’origine d’une filière hautement stratégique, tant au chapitre des retombées économiques qu’à celui du rayonnement international des aliments québécois.

Ce secteur est toutefois confronté à des défis énormes. Dans la dernière année, notons la grève chez Olymel, les porcs en attente, la diminution des achats de porcs québécois par les transformateurs du Québec et l’entente temporaire sur le prix du porc. Les priorités de l’organisation seront de protéger les fermes familiales et les éleveurs indépendants et d’assurer la pérennité de tous les éleveurs. C’est en ce sens que seront orientées les négociations de la nouvelle convention de mise en marché qui se déroulent actuellement.

« Nous travaillons à assurer un avenir où la mise en marché sera équitable et ordonnée. […] Nous tendrons la main, comme nous le faisons chaque fois, à nos partenaires pour trouver des solutions pour la vitalité d’une filière porcine pérenne qui pourra profiter à tous », a déclaré le président des Éleveurs, David Duval. La vitalité de la filière nécessite en effet, d’abord et avant tout, l’accès à une rémunération juste et équitable pour le volet « production ». Tout part de là. La fierté est bien présente, comme en témoigne le thème de l’AGA (Forts, fiers et engagés), mais la rentabilité doit aussi être au rendez-vous. La concentration dans le secteur de l’abattage doit aussi faire l’objet d’un plan concerté.

Plusieurs autres événements ont eu des répercussions importantes sur les éleveurs, notamment le manque de main-d’œuvre, la hausse fulgurante de l’inflation et l’explosion des coûts de production. Les Éleveurs ont d’ailleurs identifié ces enjeux lors de la récente 3e Rencontre annuelle des partenaires de la Politique bioalimentaire. Leur demande est claire et légitime : les deux paliers de gouvernement doivent en faire plus pour contrer et atténuer ces deux phénomènes.

La production porcine n’est pas la seule à être frappée de plein fouet par l’inflation. Tout récemment, l’UPA a prévenu les ministres Marie-Claude Bibeau et André Lamontagne que l’ensemble des secteurs de production vivent une période inflationniste historique. Depuis l’automne 2021, le prix moyen de l’alimentation, des engrais et du carburant a augmenté d’environ 50 %. Pour le secteur agricole québécois, ces hausses représentent près de 1,5 G$ en dépenses additionnelles sur une base annuelle. Et la situation ne se résorbera pas de sitôt.

En raison de la guerre en Ukraine, la Banque mondiale a abaissé ses prévisions de croissance mondiale et prévoit une « période prolongée de croissance faible et d’inflation élevée ». Il s’agit de la plus forte décélération suivant une reprise en plus de 80 ans. En marge de la crise climatique, ce conflit a placé la planète « sous le spectre de pénuries alimentaires mondiales », comme l’ont indiqué les Nations Unies. L’assemblée générale annuelle de l’Organisation mondiale des agriculteurs, à laquelle l’UPA a participé sur place et à distance, a d’ailleurs permis l’adoption d’une motion unanime demandant aux gouvernements et décideurs du monde entier « de prendre au sérieux la production alimentaire et d’éviter toutes mesures l’impactant négativement ».

Dans ce contexte, les deux paliers de gouvernement doivent intervenir rapidement pour éviter une catastrophe financière chez plusieurs entreprises agricoles. Le statu quo en matière de budgets et de programmes n’est plus une option. Comme l’indiquaient le mois dernier plusieurs organisations agroalimentaires au pays, les gouvernements doivent « prioriser davantage la production d’aliments, à la lumière de l’augmentation des coûts, de la situation géopolitique mondiale, des défaillances des diverses chaînes d’approvisionnement, des changements climatiques et de conséquences persistantes de la pandémie ». C’est l’avenir de nos entreprises agricoles, de notre industrie bioalimentaire et de nos régions qui est en jeu.