Depuis le 1er janvier 2019, les éleveurs de veaux de grain du Québec sont tenus de suivre de nouvelles règles relatives au bien-être de leurs animaux, des règles qui ont nécessité des investissements et de l’adaptation comme le raconte Jocelyn Grenier, de Sainte-Christine, en Montérégie.

Revue L'U mai 2019 - De la huche à la pouponnière 
Jocelyn, en compagne de sa fille Audrey, dans son nouveau bâtiment où les veaux de grain sont élevés en logement collectif dès leur plus jeune âge.

Bien secondé par sa fille Audrey, déjà partenaire dans l’entreprise, Jocelyn Grenier a injecté près de 1M$ afin de répondre aux récentes modifications des normes qui obligent maintenant le logement collectif des veaux tout au long du cycle de production. « Que la loi passe ou pas, on se dirigeait vers ça parce qu’on y croyait. Nous avons acheté la terre et l’étable voisine que nous avons transformée en pouponnière à veaux de grain », explique l’agriculteur.

UNE TRANSITION AVEC DES HAUTS ET DES BAS

Comme dans bien d’autres sites d’élevage de veaux de grain, les Grenier gardaient auparavant leurs animaux dans des huches à l’extérieur. Celles-ci étaient soumises aux intempéries et s’avéraient très exigeantes physiquement pour le producteur.

« Tant qu’à investir, on voulait aussi améliorer nos conditions de travail en mécanisant certaines tâches »

confie Jocelyn Grenier. Le nouveau bâtiment peut accueillir 400 veaux en démarrage et le premier groupe y est installé depuis février. Père et fille ont même agi en fonction d’une éventuelle expansion, la pouponnière pouvant contenir plus que le volume actuel de production.

Comme dans tout changement majeur, cette transition comporte des hauts et des bas. « Le logement collectif, c’est carrément une autre façon de fonctionner, avec de nouvelles machines, dont le système automatique de louves pour l’alimentation. Un certain samedi, quand j’ai bloqué ma louve avec des grains de maïs, je me suis demandé ce que je faisais là et je serais bien retourné à mes anciennes habitudes », lance Jocelyn Grenier dans un éclat de rire.

Le « vivre ensemble » des veaux pourrait aussi réserver quelques surprises. « C’est un peu comme dans une garderie : quand tout le monde va avoir attrapé les microbes de tout le monde, ça va bien aller », image le producteur, qui ne manque pas de sens de l’humour.

UNE TRANSITION QUI S’ANNONCE POSITIVE

Jocelyn Grenier confie que de voir les bêtes socialiser et caracoler est un plus non négligeable. «En huches de 4 x 6 pi, ils ne bougeaient pas beaucoup alors que là, ils marchent, ils courent et on a un contact direct avec eux. C’est super! »

S’il est encore tôt pour évaluer les impacts de ces changements sur le rendement, le producteur est optimiste.

« Généralement, quand tes animaux sont bien, ils te le rendent. C’est le premier groupe, donc je n’ai pas de résultats concrets à donner, mais ces veaux sont beaux et bien formés. Ils se nourrissent à volonté. Ça paraît sur la conformation et le taux de gain. Franchement, je suis très satisfait et j’ai bon espoir de voir une amélioration. »

«Les changements que nous traversons découlent de demandes des consommateurs. Les acheteurs emboîtent aussi le pas. C’est important si on veut continuer de développer notre filière», avance Jocelyn Grenier.

Selon lui, le jeu en vaut la chandelle. « Au début, en 1992, j’ai dû me battre avec les institutions financières pour prouver que notre élevage était intéressant et qu’on pouvait bien en vivre. Aujourd’hui, c’est différent. Comme dans toute production, il faut démontrer qu’on est performants. Je suis convaincu que le Veau de grain du Québec a un bel avenir. Si je n’y croyais pas, je n’aurais pas encouragé ma fille et on n’aurait pas investi autant », conclut-il dans un grand éclat de rire qui témoigne de son amour du métier.

À lire dans le même dossier : Le bien-être animal au cœur de notre quotidien

Parcourez gratuitement en ligne la Revue L’U du moins d’avril 2019


Ferme Jocelyn Grenier SENC
Sainte Christine, Montérégie
À compter de 2020 : Ferme FAG inc. (Jocelyn et Audrey Grenier)
En activité depuis 1992
Troupeau : 800 veaux de grains
Production : 1450 veaux par an
Marché : majoritairement canadien