Au moment d’écrire ces lignes, on apprenait que la négociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) était suspendue jusqu’au mercredi 5 septembre. Cette négociation menée sous la menace constante du président Trump fait peser des risques importants sur l’agriculture canadienne. Les États-Unis sont à la fois les champions du protectionnisme et de l’ouverture des marchés, les marchés des autres pays.

Les négociations sur l’ouverture des marchés et l’élimination des entraves au commerce sont de plus en plus difficiles à mener. Nous sommes dans une période de replis des grandes nations face à l’émigration et l’ouverture des marchés. La renégociation de l’ALENA devait se faire en quelques semaines lorsque le président Trump a ouvert les hostilités. Elle dure depuis plus d’un an maintenant.

Les États-Unis ne sont plus le partenaire commercial et politique du Canada qu’ils étaient.

Même si nous représentons le principal marché de nos voisins du Sud et même s’ils sont notre principal client, l’administration Trump nous traite comme des moins que rien.

Dans le cadre de l’ALENA, ils ont pris cinq semaines pour régler leurs différends avec le Mexique, et ils n’accordent au Canada que trois jours pour finaliser une entente, en menaçant comme à chaque échéance qu’ils fixent de mettre fin à l’ALENA si nous n’y arrivons pas.

Les États-Unis ont imposé des tarifs discriminatoires sur l’acier et l’aluminium canadien pour de prétendues raisons de « sécurité nationale ». Ils imposent une surtaxe sur le bois d’œuvre canadien et le papier journal. Ils ont imposé une taxe énorme sur les avions de Bombardier, qu’ils ont dû retirer à la suite d’une décision de la Commission internationale du commerce des États-Unis.

Les États-Unis ont aussi ouvert les hostilités avec la Chine et l’Europe en imposant une série de nouveaux tarifs sur une multitude de produits. La Chine a répliqué avec ses propres tarifs, notamment sur les produits agricoles américains. Résultat : baisse du prix des céréales et de la viande. Le prix du porc en ce moment est à un niveau historiquement bas, frôlant celui qu’obtenaient les producteurs lorsqu’ils ont bloqué l’autoroute 20.

Nous traversons donc une période très difficile. Le Canada n’a pas le choix. Il doit tenir tête aux États-Unis et accompagner son secteur agricole dans cette période difficile. Les attaques américaines répétées à l’endroit du Canada exigent des actions fortes. On en a eu un bel exemple vendredi dernier.

Il est très rare que les partis politiques fassent une pause en pleine campagne électorale pour unir leur voix derrière une même cause. C’est pourtant ce qu’ils ont fait en participant à la conférence de presse organisée par l’UPA et GO5. Je remercie les chefs des quatre partis pour le message clair en appui à l’agriculture du Québec et à la gestion de l’offre devant les risques que fait planer sur ce secteur la renégociation de l’ALENA.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a déclaré à plusieurs reprises qu’il préférait ne pas avoir d’accord de l’ALENA plutôt que de signer un mauvais accord et également que cet accord devait être bon pour tous les Canadiens. La gestion de l’offre est aussi importante pour le Québec que le secteur automobile l’est pour l’Ontario. Nous avons déjà donné dans l’entente avec l’Europe ainsi que dans celle du Partenariat transpacifique global et progressiste. Il arrive un moment qu’assez, c’est assez.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 5 au 11 septembre 2018
Marcel Groleau, président général