Longueuil, 18 novembre 2018 — Aujourd’hui à Montréal, plus de 5 000 agriculteurs, représentants du secteur agroalimentaire, intervenants de la société civile et consommateurs ont marché pour une même cause : notre avenir alimentaire qui passe par le respect de notre agriculture et le soutien aux producteurs et à la consommation d’aliments d’ici.

« Les agriculteurs, les artisans de l’industrie agroalimentaire et les consommateurs du Québec en ont assez des concessions canadiennes dans les ententes commerciales. Ils demandent aussi le respect des normes canadiennes et québécoises pour les produits alimentaires importés. La précarisation de notre garde-manger doit cesser »,

a déclaré le président général de l’Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau.

Les concessions canadiennes dans l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) sont sans précédent. Le gouvernement Trudeau a cédé des parts de marché importantes, plus particulièrement dans le secteur laitier (3,9 % du marché canadien). Il aurait aussi cédé aux Américains un droit de regard important sur nos propres politiques laitières. C’est inacceptable!

En combinant les concessions de l’AEUMC, de l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Union européenne et du Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), on peut évaluer à plus de 450 M$ (8,4 % du marché) les pertes annuelles permanentes et récurrentes imposées aux producteurs laitiers canadiens.

« L’alimentation de nos concitoyens ne doit plus servir de monnaie d’échange. Les normes sanitaires, sociales et environnementales au Québec et au Canada sont parmi les plus sévères au monde. Nos producteurs acceptent volontiers de répondre à ces attentes sociétales et de s’y conformer, mais beaucoup d’aliments importés qui se trouvent sur nos tablettes d’épicerie ne sont pas soumis aux mêmes règles »,

a continué M. Groleau.

Paradoxalement, les produits québécois et canadiens exportés à l’étranger, vers les États-Unis ou l’Europe, doivent se conformer aux règles en vigueur là-bas. Cette incohérence désavantage très fortement nos agriculteurs et notre industrie agroalimentaire face aux produits importés. À titre d’exemple, les fromages au lait cru importés d’Europe ne sont pas soumis aux mêmes normes de qualité. Ils ont quand même accès à notre marché.

Les producteurs québécois et canadiens doivent aussi concurrencer les aliments importés de pays qui ont des normes sociales beaucoup moins exigeantes, comme la Chine et les pays de l’Amérique du Sud. À titre d’exemple, les tomates de serre du Mexique arrivent sur nos marchés à des prix bien inférieurs à nos coûts de production. Aux États-Unis, la main-d’œuvre en agriculture repose en grande partie sur les immigrants illégaux. C’est une compétition déloyale. Dans l’AEUMC pour le secteur automobile, les États-Unis et le Canada ont exigé du Mexique une augmentation du salaire des employés dans les usines de fabrication de pièces automobiles et d’assemblage pour conserver l’accès au marché américain. On protège la fabrication automobile au Canada, mais pas notre garde-manger!

« Les consommateurs s’intéressent de plus en plus à ce qu’ils trouvent dans leur assiette. Ils souhaitent encore plus de produits locaux et considèrent légitimes les normes imposées aux producteurs de chez nous. Ne pas étendre ces normes aux aliments importés ne fait aucun sens, d’autant plus qu’il n’est pas toujours facile, pour les consommateurs, d’identifier l’origine et le contenu des aliments »,

a pour sa part déclaré la porte-parole de Garde-manger en danger, Marie-Eve Janvier.

Les agriculteurs, les transformateurs alimentaires et les citoyens demandent aux gouvernements du Canada et du Québec :

  • D’assurer notre avenir alimentaire en soutenant l’agriculture de chez nous et en encourageant la consommation des aliments locaux, produits par des entreprises québécoises;
  • De cesser d’utiliser notre agriculture comme monnaie d’échange dans les négociations commerciales;
  • De soumettre les aliments importés aux mêmes normes sanitaires, sociales et environnementales que les aliments québécois et canadiens;
  • De permettre aux consommateurs d’identifier facilement l’origine et le contenu des aliments;
  • De prioriser l’achat local dans toutes les institutions publiques québécoises et canadiennes;
  • De protéger davantage les terres agricoles québécoises face à l’étalement urbain, la spéculation et leur utilisation à d’autres fins que l’agriculture;
  • D’adopter au Québec un plan vert agricole en bonifiant les budgets consacrés à l’agroenvironnement, en appuyant mieux le secteur biologique, en misant davantage sur l’accompagnement des entreprises et en assurant le maintien et la mise à jour d’un environnement réglementaire raisonné;
  • De soutenir l’agriculture québécoise et canadienne grâce à des budgets et des programmes de partage des risques adaptés à la réalité des changements climatiques, et modulés en fonction des particularités de chaque région et de chaque secteur de production.

« La marche d’aujourd’hui est un appel citoyen à la défense de notre avenir alimentaire. Le message adressé aux gouvernements du Canada et du Québec est clair : la sécurité d’une nation passe d’abord par sa capacité de se nourrir »,

a conclu le président général de l’UPA.

Parmi les nombreuses organisations qui se sont associées à la marche citoyenne Garde-manger en danger, mentionnons l’Association des détaillants en alimentation du Québec, Agropur coopérative laitière, l’Association québécoise des industries de nutrition animale et céréalière, la Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique, le Centre d’insémination artificielle du Québec, la Centrale des syndicats démocratiques, la Confédération des syndicats nationaux, la Centrale des syndicats du Québec, la Fédération québécoise des municipalités, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, Les Lauriers de la gastronomie québécoise, Option consommateurs, Aliments du Québec, l’Association des Marchés publics du Québec, l’Association des Médecins Vétérinaires Praticiens du Québec, la Commission scolaire de Montréal, le Conseil de la transformation alimentaire du Québec, Équiterre, La Tablée des Chefs, l’Union étudiante du Québec, Valacta, l’Ordre des agronomes du Québec, la Fédération des commissions scolaires du Québec et la Fondation David Suzuki.