Ces dernières semaines, en raison des négociations du Partenariat transpacifique, je me suis fait demander à quelques reprises comment l’UPA pouvait à la fois défendre les intérêts des producteurs sous gestion de l’offre, qui souhaitent protéger le marché canadien, et ceux des producteurs qui recherchent de meilleurs accès aux marchés étrangers.
La lettre que j’ai reçue des Éleveurs de porcs de la Montérégie me donne l’occasion de clarifier l’importance pour l’Union de soutenir l’ensemble des outils de gestion des risques et de développement de notre agriculture.

En fait, cette dualité est en partie ce qui fait la force de notre Union et de ses affiliés.

La pratique de l’agriculture comporte beaucoup de risques : les cycles de production sont dictés par la nature, les rendements d’une année à l’autre sont variables et nos produits sont périssables. L’offre est donc très variable et cela entraîne une grande volatilité des prix. Les produits agricoles doivent être vendus rapidement et nous sommes très nombreux à les offrir à un nombre relativement petit d’acheteurs. Cela limite le rapport de force des producteurs dans la commercialisation de leurs produits, peu importe où ils se situent sur la planète. À tout cela, il faut ajouter les avantages et désavantages climatiques. À ce chapitre, le Québec n’est pas privilégié.

Pour pallier l’imperfection des marchés agricoles et assurer la stabilité de la production d’une année à l’autre, les pays se sont dotés de politiques et programmes agricoles. Ainsi, dans les échanges commerciaux, ils ont à la fois des intérêts de protection de leur marché et des intérêts à l’exportation. Leurs programmes répondent à ces objectifs auxquels s’ajoutent différentes manœuvres pour compliquer les échanges commerciaux. Les États-Unis et l’Europe sont des champions en ce domaine avec le COOL (Country of Origin Labeling), le Buy American Act, le sans hormones et sans OGM et une panoplie d’autres barrières non tarifaires.

L’Europe, qui vient d’abolir les quotas de lait, protège également son marché intérieur en soutenant les revenus agricoles principalement par des paiements dits découplés. Les paiements découplés sont véritablement des subventions, car ils sont basés sur un historique de soutien complètement dissocié du prix des marchés ou des résultats des producteurs. Récemment, le gouvernement français a même allongé 600 M€ de plus pour aider ses producteurs.

Au Québec, la gestion de l’offre assure la stabilité recherchée par la réglementation plutôt que par les subventions. De plus, lorsqu’on compare les prix au détail pour les produits sous gestion de l’offre avec ceux d’autres pays, il n’y a pas de différence significative. Ce ne sont donc pas les consommateurs qui font les frais de cette réglementation.

Tout comme nos principaux compétiteurs, nos producteurs qui exportent doivent bénéficier de programmes compétitifs. L’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) est un programme à coûts partagés dont la principale qualité est de n’intervenir que si les marchés ne permettent pas de rémunérer adéquatement les producteurs. De 2009 à 2012, il est vrai que l’ASRA est intervenu dans le secteur des viandes, à cause des prix complètement dépréciés, mais depuis 2012 il y a peu d’interventions, ce qui a permis à la Financière agricole du Québec de dégager des surplus que le gouvernement s’est empressé de récupérer. Nos programmes Agri, quant à eux, interviennent selon les résultats des entreprises. Ces programmes ont néanmoins besoin d’être améliorés. À cet égard, l’UPA a contribué à un groupe de travail qui a soumis au ministre au-delà de 25 recommandations.

Je suis donc tout à fait à l’aise dans mon rôle qui est de défendre et de représenter l’ensemble des producteurs. Pour assurer la stabilité de la production, nos programmes de soutien, qu’ils soient réglementaires ou financiers, ont leur raison d’être et ils sont aussi essentiels et légitimes les uns que les autres. Ils répondent à des impératifs propres à chaque secteur et, pour faire une analogie avec le sport, ils permettent au Québec et au Canada, à l’instar des autres pays, de jouer efficacement tant à la défense qu’à l’attaque.