Il y a des étapes dans la vie qu’il faut souligner. Cette année, plus précisément le 2 octobre, nous célébrerons les 90 ans de l’Union des producteurs agricoles (UPA). Près de 2 400 producteurs agricoles réunis à Québec les 1er et 2 octobre 1924 ont en effet créé l’Union catholique des cultivateurs (UCC).

Bien des choses ont changé depuis les années 1920, alors que près de la moitié des citoyens vivaient en milieu rural et que l’Église contrôlait les moindres détails de nos vies.

En 1917 et 1918, l’agriculture québécoise connaît une période particulièrement faste en raison de la demande alimentaire des pays européens dévastés par la guerre. Le Canada, considéré comme le « grenier de l’Empire britannique », est donc appelé à contribuer fortement, et le gouvernement canadien met tout en œuvre pour augmenter la production. En 1918, le Québec récolte cinq fois plus de pois, cinq fois plus de blé, deux fois plus d’avoine et vingt fois plus de fèves qu’en 1916. La valeur brute des récoltes, qui était de l’ordre de 89 millions de dollars en 1913, atteint 277 millions de dollars en 1918.

À la reprise des activités agricoles en Europe après la guerre, on constate ici une surproduction dans plusieurs secteurs, et c’est l’effondrement des prix.

En 1922, la récolte ne vaut plus que la moitié de celle de 1920, une baisse aussi attribuable aux mesures protectionnistes adoptées par le gouvernement américain pour soutenir ses propres producteurs. La volatilité des prix et le protectionnisme ne datent donc pas d’hier! Cette période accentue une série de problèmes déjà existants dans le secteur agricole québécois, au premier chef l’absence de crédit agricole et d’accès au capital, mais aussi en ce qui concerne les rendements, les techniques de production, les taxes et impôts, les coûts de transport, les frais d’assurance et le transfert aux générations suivantes. L’État québécois ne mettant aucun effort particulier pour venir en aide aux agriculteurs, ces derniers décident de se prendre en main et de se donner une voix forte.

Nous avons obtenu beaucoup de gains grâce à cette voix unie, par l’intermédiaire d’une organisation hautement professionnelle et très bien structurée : en 1936, l’adoption de la Loi établissant le crédit agricole provincial , puis en 1956, celle de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles; dans les années 1960 et 1970, la naissance de plusieurs plans conjoints; en 1972, l’adoption de la Loi sur les producteurs agricoles; et dans la même décennie, celle de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles et de la Loi sur l’assurance-stabilisation. Ces gains ont permis aux secteurs agricole et de la transformation alimentaire de devenir respectivement les premiers secteurs primaire et manufacturier au Québec.

L’Union est l’association accréditée pour représenter tous les producteurs agricoles du Québec depuis 1972.

Cette responsabilité est un défi que notre organisation modernisée va continuer de relever. Nous sommes forts d’un membership de quelque 95 % des producteurs agricoles, et c’est grâce à la pluralité des voix au sein de l’organisation que nos positions sont respectées et retenues par les gouvernements.

Bien que 90 ans aient passé, et peu importe notre secteur de production, nous avons des défis communs à relever. La sécurité du revenu et la gestion des risques, la volatilité des prix des marchés, l’accès à l’eau pour l’irrigation, la météo, les changements climatiques, la lutte aux prédateurs, le contrôle des maladies qui franchissent les continents et qui ne connaissent plus de frontières sont autant de risques que nous devons gérer et pour lesquels nous avons besoin d’outils appropriés.

À chacun des grands rendez-vous de l’histoire, les agriculteurs et les agricultrices ont répondu présents. Nous apportons une contribution significative au développement de la société québécoise, et en particulier de la société rurale. C’est donc avec une immense fierté que je souhaite à tous les agriculteurs québécois un joyeux 90e anniversaire.


Éditorial La Terre de chez nous

Semaine du 1er au 7 octobre 2014
Marcel Groleau, président général