Les Québécois sont un peu sur le qui-vive depuis le 7 avril, date de la dernière élection. On a d’abord attendu quelques semaines pour connaître la composition du Conseil des ministres et la véritable couleur de ce nouveau gouvernement.

Très rapidement, la commission Robillard a été mise en place et, depuis, c’est la succession des rumeurs sur les coupes à venir dans les différents ministères et les organismes gouvernementaux.

Compressions dans la santé, l’éducation, les services sociaux, les crédits d’impôt aux entreprises et, bien sûr, dans les programmes agricoles. On ne nous présente aucune analyse sur les conséquences des coupes sur les services et les investissements.

L’équilibre budgétaire en 2016 est devenu le seul enjeu et tout semble paralysé. Le ministère de l’Agriculture ne respecte même pas les engagements financiers pris par le gouvernement précédent.

Le Programme d’appui financier aux regroupements et aux associations de producteurs désignés (programme Casino), si important pour des dizaines de groupes, n’a pas versé les sommes dues depuis maintenant sept mois. Les organisations fonctionnent tant bien que mal en présumant que les sommes promises seront allouées. La situation est aussi pénible pour les projets présentés dans le cadre du Programme de soutien aux stratégies sectorielles de développement (PSSSD2), sans parler des vignerons du Québec qui ont investi pour distribuer leur vin dans les sociétés des alcools du Québec et qui attendent toujours la contribution prévue par leur programme. Comment peut-on faire de vraies affaires dans des conditions semblables?

Le récent article sur le rapport préliminaire de la commission Robillard, auquel le journaliste Denis Lessard de La Presse semble avoir eu accès, rapporte que celle-ci proposerait des coupes supplémentaires à La Financière agricole du Québec (FADQ) et dans le Programme de crédits de taxes foncières agricoles. Voilà qui est surprenant et surtout contradictoire avec les propos du ministre responsable de l’Administration gouvernementale et de la Révision permanente des programmes, Martin Coiteux, lorsque nous l’avons rencontré au début du mois.

Cette situation engendre de l’insécurité. Le retard dans les programmes et les nombreux messages de retrait possible de l’État inquiètent les producteurs et freinent l’investissement. Je l’ai clairement dit à M. Coiteux lors de notre rencontre : si le prix des principales denrées que nous produisons baisse à nouveau sur les marchés (ce qui se produit dans le secteur des céréales), plusieurs producteurs vont reporter leur décision d’investir compte tenu de ce contexte d’incertitude. Les producteurs de porcs, qui ont traversé les cinq pires années de leur histoire et qui connaissent finalement une période de répit, doivent prendre dès maintenant la décision d’investir ou non en matière de bien-être animal. Ils ont besoin d’un signal clair pour le faire. La même question se pose pour les producteurs de bœufs, de céréales, maraîchers, horticoles et autres.

Au Québec, contrairement à ce qui est observé à peu près partout en Amérique du Nord, les taxes foncières ne sont pas adaptées au secteur agricole. Le remboursement des taxes foncières ne vise qu’à rétablir l’équilibre. Le gouvernement coupera-t-il dans ce programme?

La situation est simple et nous avons besoin d’un message clair. L’agriculture, à titre de premier secteur primaire au Québec, et la transformation alimentaire, en tant que premier secteur manufacturier, contribuent chaque année à hauteur de 10,6 G$ au produit intérieur brut québécois, procurent de l’emploi à plus de 124 000 personnes, exportent quelque 6,1 G$ en denrées et génèrent des revenus directs de taxation de l’ordre de 2,5 G$. Ça compte pour atteindre l’équilibre budgétaire.

Cela fait sept mois que le gouvernement est au pouvoir. Il est temps que le ministère de l’Agriculture se mette en marche. Les versements dans les différents programmes doivent s’effectuer sans plus tarder. L’agriculture doit trouver sa place dans le plan de relance du gouvernement et il est temps que les messages d’insécurité, si dommageables à l’investissement, cessent. Un message clair est nécessaire.


Éditorial La Terre de chez nous

Semaine du 5 au 11 novembre 2014
Marcel Groleau, président général