J’ai été très surpris d’entendre la recommandation de la Commission de révision permanente des programmes, la semaine dernière, sur l’abolition du programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA), et j’ai été surtout très étonné du manque de rigueur des analyses présentées.

L’agriculture et la transformation alimentaire, premiers secteurs primaire et manufacturier au chapitre des emplois et des retombées économiques, ont généré près de 200 000 emplois, soit un sur 20 au Québec. Elles ont aussi engendré plus de 17 G$ de PIB, représentant 5,9 % du PIB québécois, et procuré plus de 4,5 G$ de revenus aux divers paliers de gouvernement. À l’heure où le gouvernement du Québec souhaite stimuler l’économie et créer 250 000 emplois, l’apport du secteur agroalimentaire est crucial.

Pour investir, les producteurs (et leurs créanciers) ont besoin de programmes pour affronter la volatilité des prix des marchés agricoles. La production agricole ne peut réagir rapidement à une chute ou à une hausse des prix. On travaille avec du « vivant » et avec des cycles de production qui s’étalent sur plusieurs années. L’équilibre de l’offre et de la demande, lorsqu’il s’établit dans le secteur agricole, est le fruit du hasard. Comment prévoir la production et les prix mondiaux des différentes denrées? Y aura-t-il des sécheresses aux États-Unis ou en Amérique du Sud? Des maladies comme la diarrhée épidémique porcine frapperont-elles l’Asie ou l’Europe? Et nous, comment serons-nous affectés? Les nombreux risques pris par les producteurs doivent être partagés avec l’État pour maintenir la production.

Pour conclure que les programmes québécois sont trop généreux, la Commission a délibérément choisi les deux pires années pour comparer le soutien entre les différentes régions. Si elle avait utilisé les plus récentes données disponibles, le portrait aurait été tout autre. Le soutien accordé aux agriculteurs québécois, ces dernières années, est en effet plus bas que celui accordé par les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En 2013, le soutien québécois a même été inférieur à celui offert par les États-Unis. Le choix de la Commission démontre une intention évidente de faire mal paraître les producteurs.

Si l’on veut comparer le Québec à l’Ontario et aux États-Unis, faisons-le de la bonne façon. À titre d’exemple, l’Ontario et les États-Unis assurent aussi un prix de soutien au secteur du maïs. Cette année, il est fixé à 203,53 $ la tonne en Ontario et à 202,97 $ aux États-Unis, alors que le prix stabilisé du maïs au Québec est de 184,47 $. Il est fort probable que l’Ontario et les États-Unis « décaissent » cette année pour soutenir leurs producteurs, alors que ce ne sera pas le cas au Québec. Pourtant, la Commission est muette à ce sujet.

L’ASRA a le dos large et, naturellement, on a passé sous silence les modifications annoncées par le ministre Claude Béchard en novembre 2009. Ce programme a subi plusieurs changements à partir de 2010, dont certains ont dû être retirés, car ils étaient insoutenables, comme la mesure dite du 25 %. Les modifications à l’ASRA ont entraîné la disparition de milliers d’entreprises agricoles dans le secteur des viandes, surtout dans les régions plus éloignées, ainsi qu’une diminution du volume de production. Les limites assurables par secteur de production n’ont jamais été atteintes : le programme n’est donc pas aussi généreux que le prétend la Commission.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Commission a fait un travail bâclé qui a mis le gouvernement dans l’embarras. MM. Coiteux et Paradis sont intervenus rapidement, comme il le fallait, pour rassurer les producteurs et leurs créanciers. Nous avons apprécié leur célérité. Le Groupe de travail sur la sécurité du revenu peut maintenant poursuivre son travail.


 

Éditorial La Terre de chez nous

Semaine du 26 novembre au 2 décembre 2014
Marcel Groleau, président général