En décrétant 2015 l’Année internationale des sols, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) lance un message fort et sans équivoque quant à l’importance de protéger les terres agricoles et la santé des sols. C’est une année pour sensibiliser la planète au fait que le territoire agricole constitue une ressource rare, non renouvelable, de plus en plus convoitée, et qu’il faut le préserver coûte que coûte.

Les sols agricoles sont à la base de la production alimentaire. Sans terres fertiles et de qualité, il n’y aurait tout simplement pas de nourriture. Alors que la population mondiale ne cesse de croître, on estime que pour répondre aux besoins, il faudra, d’ici 2050, augmenter la production alimentaire d’environ 60 %. Il demeure donc essentiel de veiller à garder ces sols bien vivants, propices à la production agricole.

Cette réalité est encore plus préoccupante lorsque l’on sait que les meilleures terres arables du monde sont détruites par l’urbanisation, les problèmes d’érosion, les pratiques de gestion des terres non durables, etc. Les experts indiquent en fait qu’il faut jusqu’à mille ans pour former un centimètre de sol. La situation est si critique que, selon l’Organisation des Nations Unies, le taux actuel de dégradation des sols menace notre capacité à répondre aux besoins des générations futures. Dans ce contexte, sauvegarder les terres et conserver les sols bien vivants deviennent des enjeux planétaires incontournables et d’intérêt public.

Au Québec, cette nécessité de préserver notre territoire agricole prend tout aussi son sens, car la situation reste aussi précaire. Malgré nos vastes étendues, à peine 2 % des sols sont cultivables.

Bien entendu, nous pouvons compter depuis 1978 sur la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles du Québec (LPTAAQ) pour freiner l’étalement urbain, assurer l’équilibre entre la préservation du territoire et le développement des collectivités, et préserver cette ressource essentielle pour les générations futures. Au fil des ans, cette loi est d’ailleurs devenue l’un des piliers de la législation québécoise pour la protection de l’agriculture. Plusieurs années de discussions entre les milieux agricole, municipal et environnemental ont aussi permis d’établir certains consensus en reconnaissant par exemple le caractère permanent de la zone agricole, la priorité de l’agriculture sur ces terres et la nécessité de concilier les objectifs de protection du territoire agricole avec ceux de la coexistence harmonieuse des divers usages.

Il y en aura toujours qui prétendront que cette loi représente un frein au développement des régions du Québec et qui proposeront d’en revoir la teneur afin de l’assouplir, notamment, comme on l’a entendu récemment, en transférant plus de pouvoirs aux municipalités régionales de comté (MRC), des pouvoirs attribués actuellement à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ). Plus que jamais, la loi a sa raison d’être. D’autant plus que celle-ci exige que la Commission prenne en considération le contexte des particularités régionales lors de l’exercice de sa compétence.
La LPTAAQ est une loi d’ordre public : elle traite d’un sujet d’intérêt général qui nécessite une vue d’ensemble. C’est le mandat confié à la CPTAQ de l’administrer en conséquence. Nous devons donc veiller à ce que la Commission dispose de ressources qui lui permettront de jouer pleinement son rôle, car nos terres agricoles sont encore très convoitées et la pression sur ces dernières ne cesse de se faire sentir.

Phénomène de financiarisation et d’accaparement des terres, étalement urbain, implantation de nouvelles infrastructures, voilà autant de menaces qui guettent constamment notre patrimoine agricole. Il faut rester vigilant.

L’Année internationale des sols représente une belle occasion de valoriser nos terres agricoles, de faire connaître et reconnaître à l’ensemble de la société civile et aux décideurs leur importance et leur valeur stratégique pour la pérennité de l’agriculture, mais aussi pour l’avenir de la planète. La terre arable est aussi précieuse que l’air et l’eau. La terre, c’est la vie.


Éditorial La Terre de chez nous
Semaine du 14 au 20 janvier 2015
Marcel Groleau, président général