Oxfam a récemment publié un rapport sur l’augmentation de l’écart entre les plus riches et les plus pauvres. Les chiffres publiés donnent le vertige. En voici quelques-uns.

Les richesses des 85 individus les mieux nantis au monde équivalent désormais à celles détenues par les 50 % plus pauvres de la population mondiale (3,5 milliards de personnes). Il faut se le répéter pour y croire. Toujours selon l’organisation, si la tendance se maintient, le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde dépassera dès 2016 celui des 99 % qui restent. Entre 1980 et 2012, ce 1 % a augmenté sa part de revenus dans 24 des 26 pays où les données ont été prélevées.

Aux États-Unis, les 1 % les plus riches ont accaparé 95 % de la croissance postcrise financière depuis 2009, tandis que 90 % de la population s’est appauvrie. Le président Obama a fait de cet enjeu le point central de son plus récent discours sur l’état de l’Union. La concentration extrême des richesses menace de priver des centaines de millions de personnes des fruits de leur talent et de leur travail. En Europe actuellement, le taux de chômage chez les jeunes de moins de 25 ans est supérieur à 20 %. Il atteint même 40 % dans certains pays comme l’Espagne.

Nous n’échappons pas à ce phénomène au Canada et au Québec. Dans des villes comme Montréal, le taux de pauvreté dans certains quartiers est alarmant. L’achalandage dans les banques alimentaires augmente sans cesse, et les enfants qui arrivent à l’école sans avoir mangé obligent certaines commissions scolaires à prendre des mesures. Dans la plupart des régions du Québec, le salaire moyen est en baisse. J’apprenais récemment que le salaire moyen dans la municipalité régionale de comté des Appalaches est en deçà de 25 000 $ par année, selon les données du Plan de développement de la zone agricole. C’est près du seuil de la pauvreté.

Aujourd’hui, pour demeurer compétitives, beaucoup d’entreprises doivent diminuer les salaires et réduire les avantages sociaux de leurs employés. La relance économique américaine repose en grande partie sur l’accès à une main-d’œuvre bon marché.

Aurait-on échappé les rênes du capitalisme? Et quel avenir cela réserve-t-il aux générations futures?

Il ne fait aucun doute qu’il faut se donner les moyens pour mieux répartir la richesse, et la fiscalité est l’outil le plus puissant pour y arriver. Mais couper dans les services pour ensuite diminuer les impôts, comme le font les gouvernements occidentaux, ne tend pas dans cette direction. Sans être un diplômé des HEC, je suis certain que l’effet d’une baisse d’impôts ne remplacera jamais une augmentation des salaires dans l’économie.

En ce moment, les citoyens, incluant les producteurs agricoles, ont tendance à croire qu’ils vont s’en tirer mieux seuls. En fait, l’individualisme de notre époque accorde beaucoup de latitude aux forces du marché et aux gouvernements. Pourtant, l’équilibre des forces est un puissant levier économique. C’est par ce meilleur équilibre qu’est apparue, au 20e siècle, la classe moyenne ainsi que son pouvoir d’achat et son impact sur l’économie.

André D. Beaudoin, d’UPA Développement international, répète depuis plusieurs années que l’économie mondialisée en appelle à une mondialisation de la solidarité. Je milite à l’Union des producteurs agricoles depuis que je suis producteur. Je connais le pouvoir de la solidarité, de la mise en marché collective et du regroupement des forces. C’est notre seul vrai pouvoir. Nous avons tous comme projet dans la vie d’assurer le meilleur avenir possible à nos enfants. Un partage plus équitable des richesses entre les individus et les pays donnera à nos enfants de meilleures chances et leur garantira un avenir plus prometteur. Nous faisons face à plusieurs enjeux, mais celui-ci est sans doute l’un des plus grands. La seule façon de le relever, c’est par plus de solidarité.


Éditorial La Terre de chez nous
Semaine du 4 au 10 février 2015
Marcel Groleau, président général