Les négociations en vue de la conclusion du futur Partenariat transpacifique (PTP) pourraient bien se conclure bientôt. Les négociateurs en chef des 12 pays impliqués, qui forment un marché de 792 millions de personnes et affichent un PIB combiné de 28 100 G$, se sont en effet rencontrés l’équivalent de deux semaines depuis le début de l’année.

La conclusion d’un accord dans un délai relativement court est souhaitée par les pays participants. Le Japon et les États-Unis, qui sont deux des pays les plus importants dans cette négociation, poursuivent en effet leurs pourparlers bilatéraux, et un sommet Obama–Abe (premier ministre du Japon) est prévu d’ici la fin avril. Une entente États-Unis–Japon aurait nécessairement un impact majeur sur cette négociation. Le Japon, à l’instar du Canada, est un pays avec des produits agricoles sensibles, et sa position influencera celle du Canada.

L’autre élément essentiel de cette négociation, c’est l’obtention par Obama du Trade Promotion Authority (Fast Track), condition importante pour la ratification américaine d’un éventuel PTP. Une demande en ce sens pourrait être déposée le mois prochain au Congrès. Ce Fast Track limiterait le Congrès américain à l’acceptation (ou au refus) en bloc du projet. Il n’y aurait donc pas d’étude article par article ou d’amendements. On évalue même que l’adoption du Fast Track pourrait se faire dès le mois de mai. Cela signalerait l’intention claire des États Unis de terminer la négociation du PTP en 2015.

Il est aussi possible qu’une rencontre ministérielle, précédée d’une réunion des négociateurs en chef, se tienne en marge du sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique, les 23 et 24 mai. Des décisions difficiles pourraient s’y prendre, et les déclarations récentes du premier ministre Stephen Harper n’ont pas de quoi nous rassurer sur l’intégrité de la gestion de l’offre.

Dans le cadre d’une conférence à l’Association des municipalités rurales de la Saskatchewan il y a deux semaines, le premier ministre a en effet déclaré : « Nous sommes devant des choix difficiles. Nous avons des secteurs où, de toute évidence, nous voyons de grands avantages pour le Canada et d’autres où il y aura des défis. Alors, nous participons à une très importante négociation et nous faisons de notre mieux pour protéger les intérêts canadiens. »

Je sens dans le discours de M. Harper un glissement. C’est tout à fait inacceptable.

Pourtant, le premier ministre a déclaré à maintes reprises que la gestion de l’offre n’était pas négociable. Même si, en principe, tout est sur la table lors ce genre de négociation, tous les pays ont des intouchables. Le Canada n’a pas à être gêné de ses propres sensibilités.

Le premier ministre du Québec doit aussi intervenir auprès de ses homologues canadiens pour maintenir la pression sur M. Harper et son équipe de négociateurs. Le Québec et l’Ontario seraient les provinces qui souffriraient le plus si le gouvernement fédéral reculait sur la gestion de l’offre.

La situation est critique. Les messages doivent être clairs de la part des partenaires de la gestion de l’offre, des provinces et de M. Harper. La gestion de l’offre est un facteur déterminant de la stabilité du secteur agroalimentaire canadien. Alors qu’en 2015 se dessine l’une des pires crises mondiales dans le secteur laitier, le Canada et ses contribuables en seront épargnés grâce à la gestion de l’offre. On a maintenu partout au pays des fermes laitières et avicoles performantes et de toutes tailles, ainsi qu’un secteur de la transformation dynamique et rentable. Il y a plus qu’un système en jeu, M. Harper. Il y a l’avenir de l’agriculture du Canada et de ses régions. Ce n’est pas le temps de glisser.