À l’occasion de l’étude des crédits budgétaires 2015-2016 du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) la semaine dernière, le ministre Pierre Paradis a dévoilé ses principales priorités pour l’avenir du secteur. Dans le communiqué de presse qui a suivi, il déclarait que les deux grandes orientations ministérielles pour l’année en cours seraient la défense de la gestion de l’offre et le virage vers l’agriculture biologique.

Paradis et son homologue ontarien, Jeff Leal, ont transmis une lettre au ministre fédéral Gerry Ritz pour exprimer leur soutien indéfectible à la gestion de l’offre et presser le gouvernement canadien de ne rien céder qui pourrait nuire à la gestion de l’offre dans le cadre des négociations sur le Partenariat transpacifique. Dans les secteurs sous gestion de l’offre au Canada, près de 70 % des recettes monétaires agricoles sont issues du Québec et de l’Ontario. C’est donc un enjeu majeur pour les deux provinces et nous espérons que les deux premiers ministres provinciaux assumeront le leadership que la situation commande en envoyant un message aussi clair au premier ministre canadien.

Au chapitre de la production biologique, la couverture des intérêts pour trois ans sur un prêt maximum de 200 000 $ par entreprise est la plus importante mesure annoncée. Pour favoriser une plus grande migration vers le bio, il faudra toutefois mettre en œuvre les recommandations du rapport UPA-MAPAQ-FADQ (La Financière agricole du Québec) sur la sécurité du revenu. Le comité recommandait plusieurs mesures, incluant un plus grand soutien pendant la période de transition, une bonification d’Agri-Québec ainsi que de meilleurs programmes d’assurance-récolte pour le secteur.

 La conjoncture favorable des marchés, ces dernières années, a permis au gouvernement de puiser dans les excédents de la FADQ pour aider à l’équilibre des finances de la province.

Mais nous savons que le prix des denrées agricoles est cyclique et que tôt ou tard, nous ferons face à des marchés moins favorables. La Financière sera-t-elle dotée des budgets adéquats et le gouvernement sera-t-il au rendez-vous au moment opportun? Le sujet n’a pas été abordé lors de l’étude des crédits. Rappelons que le comité UPA-MAPAQ-FADQ qualifiait aussi de prioritaire la bonification des programmes de sécurité du revenu et de gestion des risques. Or, les producteurs attendent toujours un signal du gouvernement à ce chapitre.

Rien de très élaboré non plus sur la relève, à part une référence à la complexité des programmes comme principal frein à l’établissement. Doit-on comprendre que les montants actuels sont suffisants? Doit-on aussi comprendre que le rapport Pronovost sur la relève est déjà écrit? Doit-on finalement comprendre que pour le gouvernement du Québec, démarrer une entreprise, acheter la ferme de ses parents et faire l’acquisition d’une exploitation agricole dans le cadre d’un transfert non apparenté nécessitent les mêmes besoins et outils, peu importe la production?

 Le ministre a aussi banalisé le phénomène d’accaparement des terres.

Leur valeur a pourtant augmenté de 40 % au cours des deux dernières années, selon Financement agricole Canada. Cette augmentation va bien au-delà de leur valeur agroéconomique. Elle constitue aussi un frein majeur pour la relève et la consolidation d’entreprises de petite et moyenne taille. L’augmentation représente toutefois une opportunité en or pour les fonds d’investissement, qui ont beaucoup de capitaux à investir et qui en profitent allègrement. De toute évidence, contrairement à la Saskatchewan qui a déjà bougé dans le dossier, cette réalité ne fait pas partie des « priorités » québécoises.

On ne peut, non plus, ignorer l’impact de l’augmentation de la valeur des terres sur le budget du Programme de crédits de taxes foncières agricoles. La part des agriculteurs dans l’assiette fiscale des municipalités augmente rapidement elle aussi. De plus en plus de producteurs seront exclus du programme parce qu’ils ne respecteront plus la valeur de production requise par 100 $ d’évaluation. Il doit être révisé de façon urgente et, soyons clairs, il n’est pas question que les producteurs en fassent les frais.

Si j’étais un jeune qui veut s’établir en agriculture, une entreprise qui veut prendre de l’expansion ou investir, un créancier analysant un projet d’investissement, serais-je plus porté, après l’étude des crédits, à aller de l’avant? Je ne le crois pas. Pourtant, le Québec est à la recherche de nouveaux emplois et nous représentons un des plus importants réseaux d’entrepreneurs. L’heure est à l’engagement de l’État si on veut répondre à la demande alimentaire croissante dans le monde. Ce n’est pas le message qu’a livré le ministre lors de l’étude des crédits.