Réunis récemment en Allemagne, les dirigeants des pays du G7 (États-Unis, Canada, Japon, France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni) se sont prononcés en faveur d’une diminution importante des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), c’est-à-dire entre 40 % et 70 % d’ici 2050 par rapport à 2010. Les sept pays ont aussi réaffirmé leur volonté d’obtenir un accord lors de la Conférence de Paris, l’automne prochain. Quelque 100 G$ par an d’ici 2020 seront mobilisés pour lutter contre les conséquences des changements climatiques.

On estime à 0,9 degré Celsius l’augmentation des températures moyennes du globe jusqu’à maintenant. Cette hausse entraîne déjà des phénomènes extrêmes comme la sécheresse en Californie, des vagues de chaleur sans précédent en Inde et des pluies torrentielles dans plusieurs régions du monde. Les températures plus élevées influencent aussi les rendements des cultures tout en compliquant la lutte aux insectes et parasites ravageurs.

 Ne rien faire pour contrer le réchauffement coûtera donc beaucoup plus cher que les mesures que nous devons prendre maintenant.

C’est ce que faisait récemment remarquer le vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), Jean-Pascal van Ypersele. De passage à Montréal, ce dernier a insisté sur le fait que les pays doivent se décider rapidement si nous souhaitons limiter le réchauffement à moins de deux degrés d’ici la fin du siècle. Chaque année, si rien n’est fait, nous ajoutons 40 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Pour limiter le réchauffement de la planète, il faut donc « décarboniser » notre économie.

Pour expliquer l’impact d’un changement de quelques degrés des températures moyennes, le vice-président du GIEC a souligné que les températures moyennes sur Terre, il y a 20 000 ans, étaient de 5 degrés inférieures à maintenant. À cette époque, le Canada et l’Europe étaient couverts de 2 à 3 kilomètres de glace et le niveau des océans était 120 mètres plus bas. Cette image forte illustre à quel point une légère variation peut avoir des conséquences immenses. Or, au rythme actuel, si rien n’est fait, un réchauffement de 4 ou 5 degrés serait possible d’ici la fin du siècle. Difficile de prédire les conséquences exactes, mais les changements climatiques seraient dramatiques pour plusieurs espèces. Nous avons, pour les générations futures, la responsabilité d’agir maintenant.

C’est pourquoi l’orientation du G7, qui représente 10 % de la population mondiale, mais plus de 25 % des émissions de GES, reflète un consensus historique qu’il faut saluer, même si le gouvernement canadien a tout fait pour s’en distancier. En effet, le communiqué du gouvernement canadien ne mentionnait pas l’engagement des pays concernant la réduction des émissions de GES. Questionné sur le sujet en point de presse à l’issue du sommet, le premier ministre Stephen Harper est plutôt revenu sur ses engagements plus modestes de mai dernier, précisant que « personne ne doit être dupe : on ne va pas fermer nos industries ou éteindre les lumières ».

Malgré les nuances de M. Harper, l’engagement du G7 illustre une tendance lourde que le Canada ne peut ignorer. Il est même de plus en plus clair que les pays qui choisiront d’ignorer les ententes futures sur la réduction des GES devront en assumer les conséquences, voire être exclus de certains marchés. Or, des groupes environnementaux dévoilaient récemment des données d’Environnement Canada et d’autres sources gouvernementales fédérales indiquant que les émissions canadiennes de GES ont augmenté de 18 % depuis 1990. Les trois quarts (73 %) de cette augmentation proviennent de l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta.

Cette réalité, jumelée aux engagements du G7, dont le Canada fait partie, m’apparaît difficilement compatible avec un projet comme l’oléoduc Énergie Est de TransCanada qui vise à répondre à une exploitation accrue des sables bitumineux. Énergie Est, qui transportera plus d’un milliard de barils de pétrole par jour de l’Alberta et de la Saskatchewan vers les raffineries et les terminaux portuaires de l’est du Canada, représente-t-il un bon investissement dans les circonstances? Je n’ai pas la réponse à cette question, mais elle mérite d’être posée.

Nous continuerons bien sûr d’alimenter en pétrole nos tracteurs et nos équipements motorisés, car aucune ressource ne peut le remplacer pour l’instant. Mais devant les défis à relever pour limiter le réchauffement climatique et la nécessité de « décarboniser » l’économie, est-il encore judicieux d’investir dans un oléoduc qui traversera le Canada et nos terres agricoles? Un pipeline avec lequel les producteurs devront vivre bien après l’ère du pétrole?