La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de rencontrer le premier ministre du Québec, Philippe Couillard. Cette rencontre, que nous souhaitions depuis un certain temps, nous a permis de faire le point sur certains sujets et de partager notre vision sur l’agriculture. Le ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis, était présent.

L’importance de l’agriculture et de la transformation alimentaire dans l’économie du Québec est méconnue du grand public. Nos 28 000 entreprises agricoles génèrent des ventes de plus de 8 G$ par année et investissent bon an mal an entre 600 et 700 M$. L’agriculture et la transformation alimentaire génèrent plus de 4,5 G$ de revenus pour les divers paliers de gouvernement. Nous représentons donc un élément significatif dans la colonne des revenus et, de ce fait, un facteur déterminant dans l’atteinte de l’équilibre budgétaire du gouvernement québécois.

 La rencontre avec M. Couillard arrive à un moment critique. Depuis l’élection d’avril 2014, le gouvernement s’est attaqué au déficit budgétaire de l’État en adoptant une série de mesures.

La Financière agricole du Québec (FADQ) n’a pas été épargnée, voyant son budget coupé de 113 M$ en 2014 et de 151 M$ additionnels en 2015. Ces compressions n’ont pas affecté les producteurs jusqu’à maintenant, car le raffermissement des prix des marchés, notamment dans le secteur des viandes, leur a permis de tirer leurs revenus des marchés avec des interventions très réduites de la FADQ. Cette situation est toutefois circonstancielle et nous savons tous que nous allons revivre des périodes de bas prix.

Tout en rappelant que la crise vécue dans le secteur des viandes de 2009 à 2012 avait laissé des traces, j’ai indiqué au premier ministre que nos programmes de sécurité du revenu et de gestion des risques doivent permettre aux entreprises de faire face à la volatilité des prix sur les marchés agricoles. J’ai par ailleurs expliqué que nos programmes ne sont pas plus généreux que ceux de nos concurrents. À témoin, nos producteurs de maïs ont reçu moins que leurs voisins ontariens et américains en 2013. Nos programmes sont différents, plus ciblés, et à long terme plus productifs et économiques. Nous continuerons, au cours des prochains mois, d’insister sur ce point.

Toujours au sujet de nos programmes, j’ai rappelé au premier ministre que les récentes décisions de la FADQ ne sont pas de nature à rassurer les producteurs et à favoriser les investissements. La décision unilatérale de retirer l’assurance stabilisation des revenus agricoles dans le veau de lait, de ne plus prendre en charge le déficit de la FADQ cumulé avant 2010 (malgré l’engagement répété des ministres Claude Béchard et Laurent Lessard à l’époque) et l’annonce de la création d’une réserve de 300 M$ sur 2 ans à même le budget réduit (-151 M$) de la FADQ, sans aucune annonce quant à la bonification des programmes, engendrent plutôt de l’insécurité et ne sont pas propices au développement du secteur. La seule annonce positive concerne le secteur biologique, relativement timide malgré les bonnes intentions.

Comme je l’ai indiqué à M. Couillard, je me questionne sur le suivi qu’accordera le gouvernement aux recommandations du comité sur la sécurité du revenu et la bonification nécessaire des programmes pour faire face à une éventuelle baisse des prix des marchés. Nous avons eu la chance que ceux-ci se raffermissent à partir de 2012, mais il est clair que si les prix rechutent, plusieurs entreprises risquent de quitter la production. Il est primordial d’ajuster les programmes pour nous permettre de traverser la prochaine baisse des prix des marchés et de mettre en place un programme d’incitation à l’investissement avec un volet régional. J’ai senti une ouverture sur ce dernier point.

Lors de cet entretien, j’ai aussi abordé le projet de Partenariat transpacifique et nos préoccupations quant à l’intégrité de la gestion de l’offre. Une éventuelle sortie du premier ministre en compagnie de son homologue ontarienne, Kathleen Wynne, pourrait être envisagée prochainement. Le sujet a d’ailleurs été abordé avec cette dernière il y a quelques jours pendant une rencontre des États américains et provinces canadiennes limitrophes des Grands Lacs. Compte tenu des enjeux, une telle sortie publique serait une excellente chose.

Finalement, j’ai assuré au premier ministre que l’Union partage avec le gouvernement l’objectif de développer l’économie et les régions du Québec par une agriculture dynamique, constituée d’entreprises agricoles qui investissent et se modernisent pour répondre à des marchés de plus en plus spécifiques et à des consommateurs de plus en plus exigeants. Se priver de l’expertise de l’Union et de ses affiliés n’est pas la façon de relever ces défis.