Deux rapports du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC), « Bilan des ventes de pesticides au Québec pour l’année 2012 » et « Présence de pesticides dans l’eau au Québec – Portrait et tendances dans les zones de maïs et de soya – 2011-2014 », ont été publiés récemment. Ces rapports présentent des résultats mitigés. On y constate des améliorations à certains égards, mais des détériorations sur d’autres aspects.

Ce qu’il y a de préoccupant dans ces rapports, c’est qu’ils indiquent que les risques liés à l’usage des pesticides ne diminuent pas, malgré l’objectif de réduction de 25 % que s’est donné le gouvernement avec la stratégie phytosanitaire 2011-2021. Préoccupant, certes, mais pas étonnant. Il ne suffit pas d’annoncer un objectif pour qu’il se concrétise. Il faut s’en donner les moyens. À ce chapitre, l’État québécois traîne les pieds et manque de vision.

Cela fait plus de cinq ans que l’Union demande au gouvernement de renouveler le Plan d’action concerté sur l’agroenvironnement et la cohabitation harmonieuse pour travailler notamment à l’amélioration de la qualité de l’eau, la gestion intégrée des ennemis des cultures et la réduction des risques des pesticides.

Le tout dans une approche collective avec le souci d’assurer la viabilité économique des entreprises agricoles. Au lieu de cela, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec sabre dans le financement collectif des clubs-conseils en agroenvironnement, diminue les sommes allouées au programme Prime-Vert et sous-finance la recherche de moyens de remplacement pour la lutte aux ennemis des cultures.

Les producteurs agricoles sont comme tous les entrepreneurs. Pour survivre, ils doivent adopter les mêmes techniques que leurs compétiteurs. Par exemple, si les néonicotinoïdes sont utilisés sans restriction aux États-Unis, comment peut-on s’attendre à ce que nos producteurs choisissent des moyens plus coûteux et moins sûrs pour protéger leurs cultures? Cela tient de la pensée magique. Par contre, les producteurs sont soucieux de l’environnement. N’oublions pas qu’ils vivent dans l’espace qu’ils cultivent. Ils sont les premiers exposés aux risques de l’usage des pesticides. Alors, s’ils sont accompagnés adéquatement et si on leur donne des moyens de remplacement viables, ils seront les premiers à les adopter.

Si on a réussi, dans le passé, à améliorer la gestion des matières fertilisantes, c’est parce qu’on s’est donné collectivement les moyens d’y arriver. Les actions au cours des prochaines années doivent viser spécifiquement la pollution diffuse, plus difficile à circonscrire parce qu’elle est liée à une multitude de sources. Le gouvernement ne peut plus remettre à plus tard le renouvellement du Plan d’action concerté, en réel partenariat avec les producteurs. Son financement doit par ailleurs être assuré pour une période minimale de 10 ans puisqu’en agroenvironnement, il faut travailler à moyen et à long terme.

Tant que le gouvernement québécois continuera de nier le bien-fondé de cette façon de faire, basée sur l’implication des producteurs dans une approche collective, il continuera de se demander pourquoi il a peine à atteindre les objectifs qu’il s’est fixés. Au-delà des rapports et des stratégies énoncées, il serait temps d’accompagner les producteurs et de se donner les moyens de nos ambitions.