Un vent nouveau soufflait sur Ottawa la semaine dernière. Je ne suis pas un expert en politique canadienne, mais je ne me souviens pas que l’arrivée d’un nouveau premier ministre ait créé un tel engouement. Presque à l’unanimité, les médias ont salué le style, la fraîcheur et la proximité avec les gens de Justin Trudeau. Son image tranche définitivement avec celle de son prédécesseur, et ma première impression, lorsque je regardais tout cela, c’est qu’il est heureux. Le premier ministre est heureux.
Tout nouveau, tout beau, me direz-vous. Peut-être. Mais comme je l’ai mentionné dans un récent éditorial, Justin Trudeau et son équipe ont mené une belle campagne. C’est très rare qu’un candidat, troisième dans les sondages au déclenchement des élections, finisse premier et forme un gouvernement majoritaire. Quelque chose s’est donc passé entre lui et l’électorat. C’est ce quelque chose qui s’est poursuivi la semaine dernière lors du dévoilement de son cabinet.

Beaucoup de messages accompagnent la formation d’un conseil des ministres, car le choix des candidats à chacun des postes révèle l’orientation qu’entend privilégier le premier ministre pour ce ministère.

Ce nouveau cabinet est composé d’un nombre égal d’hommes et de femmes, de gens provenant des différents groupes ethniques et, naturellement, de toutes les régions du Canada. Des trente membres du cabinet, six sont du Québec, incluant le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, que nous avions reçu à l’Union des producteurs agricoles (UPA) durant la campagne électorale, et la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, avec qui UPA Développement international pourra certainement collaborer.

 

Comme ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, le choix du nouveau premier ministre s’est arrêté sur Lawrence MacAulay. Député de Cardigan depuis plus de 25 ans, ancien ministre dans le gouvernement de Jean Chrétien, ancien producteur de lait et de pommes de terre, il comprend certainement l’importance des programmes Agri-investissement et Agri-stabilité, de même que la gestion de l’offre. Le fait qu’il soit de l’Île-du-Prince-Édouard est une surprise. Les ministres de l’Agriculture proviennent généralement de l’Ouest ou de l’Ontario.

 

Dans le cadre de la mise en œuvre du Partenariat transpacifique (PTP) et de l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Europe, le nouveau ministre aura la responsabilité d’assurer la compétitivité du Canada sur les marchés étrangers tout en minimisant les impacts au pays pour les secteurs sous gestion de l’offre. À ce chapitre, des engagements précis ont été pris par le Parti libéral du Canada lors de la campagne électorale. Comme promis, le Canada doit faire mettre un terme aux importations de lait diafiltré et de poules de réforme.

 

Sur la question de la réciprocité des normes, on doit revoir le principe des mesures d’équivalence. Les exigences en matière d’environnement, de bien-être animal, de mesures sociales, de salubrité et de biosécurité augmentent sans cesse. Nous sommes confrontés, tous secteurs confondus, à une concurrence déloyale des produits importés sur notre marché. Le Canada doit agir et Lawrence MacAulay aura l’appui des ministres provinciaux de l’Agriculture en ce domaine, puisqu’ils ont soulevé ce point lors de la dernière conférence fédérale-provinciale.

 

Au chapitre du commerce international, le premier ministre a choisi la députée torontoise Chrystia Freeland. Issue du milieu du journalisme (Financial Times, The Washington Post, The Economist, The Globe and Mail, etc.), elle a publié de nombreux articles sur les problèmes auxquels est confrontée la classe moyenne. C’est également le sujet de son récent ouvrage intitulé Plutocrats: The Rise of the New Global Super-Rich and the Fall of Everyone Else que l’on pourrait traduire par L’enrichissement des plus riches et l’appauvrissement de tous les autres. Il sera intéressant de voir de quelle façon elle conjuguera la libéralisation toujours plus grande des marchés et le pouvoir accru des grandes sociétés avec sa préoccupation d’une répartition plus juste de la richesse. Élue pour une première fois en novembre 2013, elle devra notamment piloter la mise en œuvre du PTP et de l’AECG avec l’Europe.

 

Les libéraux ont pris plusieurs engagements durant la campagne et les attentes sont très élevées, notamment dans le secteur agroalimentaire. Le nouveau cabinet est composé de ministres ayant des parcours de vie différents. Ils auront le pouvoir de changer les choses. On verra la suite, mais de façon générale, je crois que ce nouveau conseil des ministres marque un nouveau départ à bien des niveaux.